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La participation électorale des jeunes et des membres d'une minorité visible au Canada : éclairage du Projet sur la diversité provinciale

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Sommaire

Contexte

Il est de mieux en mieux établi que les jeunes et les membres d'une minorité visible ont tendance à voter moins fréquemment que les autres Canadiens, mais les causes de cet écart sont moins claires. Le présent rapport analyse ces causes. Il examine le vote aux élections fédérales, mais également aux élections provinciales; et, surtout, il étudie la propension à s'abstenir de voter aux deux niveaux, que nous désignerons comme l'abstentionnisme récurrent. Le rapport compare les jeunes Canadiens (18-24 ans et 25-34 ans) et leurs aînés (35 ans et plus) ainsi que les Canadiens membres d'une minorité visible et les autres Canadiens.

Ce rapport s'appuie sur le Projet sur la diversité provinciale (PDP). Le PDP est une plateforme de recherche dirigée par Antoine Bilodeau (Université Concordia), Luc Turgeon (Université d'Ottawa), Ailsa Henderson (Université d'Édimbourg) et Stephen E. White (Université Concordia). Dans le cadre du sondage du PDP, mené en ligne par Léger Marketing au cours de l'hiver 2014, près de 10 000 Canadiens ont été interrogés, dont des suréchantillons de jeunes (n=1 900) et de membres d'une minorité visible (n=1 600).

Aperçu des résultats et incidence sur les politiques

Les résultats confirment que les jeunes Canadiens et les Canadiens membres d'une minorité visible ont tendance à voter moins souvent que les autres Canadiens, tant au niveau fédéral que provincial. En outre, nos recherches montrent, comme d'autres auparavant, que les jeunes ne sont pas simplement plus susceptibles de s'abstenir de voter à l'occasion, mais qu'ils sont plus susceptibles d'être des abstentionnistes récurrents – c'est-à-dire de s'abstenir de voter à chaque élection. Seulement 10 %  des Canadiens de 35 ans et plus déclarent ne pas avoir voté aux élections fédérales et provinciales, mais cette proportion atteint 31 %  chez les 25-34 ans et 47 %  chez les 18-24 ans. Parmi les membres d'une minorité visible, la proportion d'abstentionnistes récurrents est de 29 %, comparativement à 14 % pour les autres Canadiens.

Les résultats montrent que les jeunes Canadiens diffèrent de leurs aînés sur certains éléments clés de leurs caractéristiques sociodémographiques et attitudes politiques. Les jeunes ont plus tendance à être des étudiants et, dans une certaine mesure, des nouveaux arrivants. De plus, ils ont moins tendance à se sentir proches d'un parti politique et à se sentir coupables de ne pas voter et ils ont moins confiance envers Élections Canada.

Les jeunes sont également différents des Canadiens plus âgés sur d'autres points étudiés dans ce rapport. Toutefois, les différences dans les caractéristiques mentionnées ci-dessus sont particulièrement importantes, car ces caractéristiques sont des facteurs déterminants de l'abstentionnisme récurrent. Globalement, les résultats montrent que le profil des jeunes – la plus grande probabilité qu'ils soient étudiants ou nouveaux arrivants et leur plus faible propension à se sentir proches d'un parti et à se sentir coupables de ne pas voter, ainsi que leur faible confiance envers Élections Canada – explique environ les deux tiers de l'écart de leur propension plus grande à être des abstentionnistes récurrents. Ainsi, les jeunes Canadiens semblent avoir moins tendance à voter à la fois à cause de leurs caractéristiques sociodémographiques et de leurs attitudes politiques.

Certains des résultats sont étonnants. Ainsi, il est particulièrement étonnant de constater que les étudiants ont plus tendance à être des abstentionnistes récurrents. Contrairement à Gélineau (2013), nous avons constaté chez les jeunes que les étudiants ont davantage tendance à être des abstentionnistes récurrents que les non-étudiants. Les résultats semblent indiquer que si les jeunes ont plus tendance à être des abstentionnistes récurrents que leurs aînés, c'est notamment parce qu'ils ont plus tendance à être encore aux études. Ces divergences par rapport aux observations de Gélineau surprennent, surtout si l'on considère le rôle clé qu'une telle caractéristique semble jouer dans nos analyses de l'abstentionnisme récurrent. Il est difficile de déterminer pourquoi le statut d'étudiant est relié à une plus forte propension à voter dans l'étude de Gélineau et à une plus faible propension à voter dans notre étude. Nous présentons néanmoins dans la conclusion des éléments d'explication indiquant pourquoi il nous semble intuitivement fondé de s'attendre à ce que les étudiants votent moins fréquemment que les non-étudiants. En bref, comme l'estime Howe (2010), des études prolongées contribueraient à créer une « adolescence prolongée », au cours de laquelle les interactions accrues avec des pairs du même âge et le report des responsabilités sociales entraîneraient une plus faible propension à voter.

Le rôle de la confiance envers Élections Canada est une autre constatation nouvelle, quoiqu'intuitive. Les jeunes témoignent moins de confiance envers Élections Canada que leurs aînés, et cette confiance moindre à l'égard du gardien des élections semble liée à une plus faible propension à voter. Fait intéressant, ce point est relié non seulement aux élections fédérales, mais également à l'abstentionnisme récurrent. Cela donne à penser qu'il est essentiel d'assurer la forte intégrité du processus électoral et de l'institution chargée d'administrer ce processus au palier fédéral pour que les jeunes Canadiens participent davantage aux élections, et même que l'ensemble des Canadiens continuent à voter.

Heureusement, les Canadiens semblent exprimer, globalement, un niveau de confiance élevé envers Élections Canada, davantage qu'envers les organes législatifs fédéraux et provinciaux. Sur ce point, il existe toutefois un écart entre les jeunes Canadiens et leurs aînés, et cela explique partiellement pourquoi les jeunes ont davantage tendance à être des abstentionnistes récurrents. Nous n'avons pas cherché à déterminer pourquoi les jeunes ont moins confiance envers Élections Canada, mais les conséquences sont réelles et claires : ils votent moins souvent que leurs aînés. Ce sont là, par conséquent, des questions qu'Élections Canada pourrait vouloir approfondir.

Le rapport jette également un nouvel éclairage important sur le rôle de l'« expression d'opinions » dans la propension à voter. En résumé, les jeunes ont moins tendance à avoir ou à exprimer des opinions politiques que leurs aînés, et les résultats montrent que les personnes moins portées à avoir des opinions ont plus tendance à être des abstentionnistes récurrents. Une des raisons pour lesquelles les jeunes votent moins est qu'ils ne se sont pas encore fait d'opinions de fond sur de nombreuses questions politiques, notamment sur le fonctionnement des institutions politiques au Canada. Certes, ce manque d'opinion pourrait essentiellement refléter un manque de connaissances sur la politique, un élément qui débordait le cadre de la présente étude. Il s'agit cependant d'une autre question qui mériterait d'être approfondie. Quoi qu'il en soit, ce faible niveau d'opinion chez les jeunes dénote vraisemblablement une désaffectation vis-à-vis de la politique.

D'autres constatations sont moins étonnantes, mais aussi importantes que celles décrites précédemment. Environ la moitié des jeunes Canadiens ne se sentent pas coupables de ne pas voter. C'est sensiblement plus que chez leurs aînés, et cet écart quant au sens civique aide beaucoup à comprendre pourquoi les jeunes ont plus tendance à être des abstentionnistes récurrents. Il semble qu'il faut travailler à développer le sens civique pour amener les jeunes à s'engager de nouveau dans le processus électoral (fédéral et provincial). D'autres l'ont déjà souligné (voir Blais 2000). De nombreux programmes d'éducation électorale ont été lancés au fil des ans, comme le programme CIVIX pour les écoles primaires et secondaires, ainsi que la trousse de simulation électorale Choisissons notre mascotte d'Élections Canada pour les élèves du primaire. Nous devons maintenant déterminer si ces programmes sont efficaces à long terme, non seulement pour éduquer les jeunes sur le vote, mais aussi pour leur inculquer un sens civique.

La plus grande désaffection des jeunes vis-à-vis des partis politiques est un autre facteur important dans le phénomène de l'abstentionnisme récurrent. À cet égard, la solution semble reposer partiellement entre les mains des partis, qui doivent trouver des façons de rétablir les liens avec les jeunes Canadiens.

Les jeunes ne sont pas le seul groupe visé par le présent rapport. Les membres d'une minorité visible, comme les jeunes, sont aussi davantage portés à être des abstentionnistes récurrents, mais pour des motifs quelque peu différents, qui se résument en deux points. Premièrement, une grande proportion des Canadiens membres d'une minorité visible de notre échantillon est constituée de nouveaux arrivants (24 %), et ces derniers semblent plus sujets à l'abstentionnisme récurrent. Il reste à déterminer avec précision ce qui motive cette abstention au cours de leur première décennie au Canada. Selon la perspective optimiste, les membres d'une minorité visible nés à l'étranger, mais ayant vécu au Canada pendant plus de 10 ans, semblent avoir autant tendance à voter que le reste de la population. Cela porte à croire que la difficulté est temporaire. Pour ce groupe, les efforts du gouvernement en vue de stimuler et de faciliter le vote devraient donc viser prioritairement les nouveaux arrivants.

Deuxièmement, en moyenne, les membres d'une minorité visible sont plus jeunes que les autres Canadiens. Nous savons par ailleurs que les jeunes votent moins souvent que leurs aînés. Il n'est donc pas étonnant d'observer un taux de vote plus faible chez les membres d'une minorité visible. Autrement dit, chercher pourquoi les membres d'une minorité visible votent moins souvent, c'est au moins en partie chercher la raison pour laquelle les jeunes votent moins souvent. En trouvant des façons d'encourager la participation électorale chez les jeunes, les gouvernements et les partenaires de la communauté s'attaquent aussi à une autre tâche, qui est de stimuler le vote chez les membres d'une minorité visible. Toutefois, les programmes destinés aux jeunes doivent tenir compte de la réalité sociodémographique suivante : une proportion importante des jeunes du Canada est d'origine ethnique et raciale plus diversifiée qu'avant.

En conclusion, il importe de souligner que si les membres d'une minorité visible et les autres Canadiens n'affichent pas les mêmes taux de participation électorale, ce n'est pas en raison de différences politiques, mais plutôt, en grande partie, de différences sociodémographiques. Il existe certaines différences dans les attitudes politiques des deux groupes, mais elles n'ont qu'une faible incidence sur l'écart entre leurs taux de participation électorale.