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La participation électorale des jeunes et des membres d'une minorité visible au Canada : éclairage du Projet sur la diversité provinciale

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Introduction

Durant la dernière décennie, des ressources considérables ont été consacrées à l'étude de la participation électorale des jeunes. Les faits sont clairs : les jeunes Canadiens votent beaucoup moins que leurs aînés. Élections Canada estime que la participation à l'élection fédérale de 2011 a été de 38,8 % pour les 18-24 ans et de 45,1 % pour les 25-34 ans, contre 71,5 % et 75,1 % pour les 55-64 ans et les 65 -74 ans, respectivement. Selon Blais et Loewen (2011), la participation augmente avec l'âge, peu importe les variables socioéconomiques (scolarité, revenu, etc.).

Toutefois, les jeunes ne constituent pas le seul segment de la société canadienne à afficher une propension à voter plus faible. Des données antérieures indiquaient que les immigrants avaient moins tendance que les autres Canadiens à voter et que l'écart de participation variait entre divers groupes d'immigrants (Black 1987; Chui, Curtis et Lambert 1991). L'analyse de Livianna Tossutti (2007) basée sur l'Enquête sur la diversité ethnique, le plus grand ensemble de données disponible sur la participation des immigrants aux élections fédérales, provinciales et municipales, a abouti à une conclusion similaire. Elle a conclu que les membres de groupes d'immigrants non européens présentaient les niveaux les plus faibles de participation électorale. Les études susmentionnées révélaient des écarts importants dans la participation électorale des divers groupes d'immigrants au Canada. Gidengil et Roy (à venir) nous aident à comprendre ces différences en mettant en lumière que les membres des minorités visibles sont ceux qui ont le moins tendance à voter. Si des recherches antérieures ont montré que les Canadiens membres de minorités visibles, en particulier les immigrants, sont ceux qui éprouvent le plus de difficulté sur le plan de l'intégration sociale et économique, Gidengil et Roy (ibid.) indiquent que cela est également vrai sur le plan de la participation électorale.

Il est de mieux en mieux établi que les jeunes et les membres d'une minorité visible ont tendance à voter moins fréquemment que les autres Canadiens, mais les causes de cet écart sont moins claires. Le présent rapport vise à permettre une meilleure compréhension de ces causes. Pour ce faire, il analyse les caractéristiques des votants parmi ces groupes de Canadiensnote 1.

Ce présent rapport s'appuie sur le Projet sur la diversité provinciale (PDP). Le PDP est une plateforme de recherche dirigée par Antoine Bilodeau (Université Concordia), Luc Turgeon (Université d'Ottawa), Ailsa Henderson (Université d'Édimbourg) et Stephen E. White (Université Concordia). Le PDP vise à mieux faire comprendre de quelle façon l'identité et l'attachement, les points de vue sur le fédéralisme, les attitudes face à la diversité ethnique et l'immigration, la participation politique, ainsi que les points de vue sur les enjeux sociaux, économiques et politiques diffèrent entre les provinces du Canada.

Le PDP a été exécuté avec l'appui de : Léger Marketing; l'Université Concordia; le Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes du gouvernement du Québec; le Réseau canadien de recherche sur le terrorisme, la sécurité et la société; Élections Canada; l'Institut de recherche en politiques publiques; et la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes de l'Université du Québec à Montréal.

Le sondage PDP a été mené en ligne par Léger Marketing auprès de 10 000 répondants durant l'hiver 2014. Il comporte trois volets. Le premier trace un portrait des Canadiens dans chaque province. Plus de 6 400 personnes ont passé une entrevue dans les dix provinces : 1 000 par province au Québec, en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique; 500 par province en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, au Manitoba et en Saskatchewan; et 400 par province à l'Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve-et-Labrador. Le deuxième volet fournit des suréchantillons des membres d'une minorité visible (400 personnes par province) au Québec, en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Enfin, le troisième volet fournit des échantillons régionaux de jeunes (18 à 34 ans). Les sondeurs ont interviewé 500 jeunes au Québec et 350 dans chacune des régions suivantes : l'Atlantique, l'Ontario, les Prairies et la Colombie-Britannique. Élections Canada a assumé le financement du volet sur les jeunes (sauf dans le cas du Québec, financé par l'Institut de recherche en politiques publiques).

Le rapport tire profit de certains avantages stratégiques du PDP. D'abord, il suréchantillonne les jeunes et les membres d'une minorité visible. Ensuite, il examine la participation aux élections fédérales et provinciales. Enfin, il étudie les facteurs de participation qui sont propres à la dynamique politique à la fois au niveau fédéral et provincial. Par exemple, le rapport vise à déterminer dans quelle mesure les répondants s'intéressent à la politique fédérale et à la politique de leur province, et cherche à établir s'ils se sentiraient coupables de s'abstenir de voter aux élections fédérales et provinciales. Cet élément du PDP nous permet de déterminer, au-delà des attitudes politiques générales, si des attitudes propres à la politique fédérale et à la politique provinciale structurent la propension à voter des Canadiens. Les attitudes et caractéristiques politiques suivantes sont étudiées : l'intérêt pour la politique; l'attachement à un parti; le sentiment que la politique est trop complexe; le sentiment de n'avoir aucune emprise sur  l'action du gouvernement; le sentiment de culpabilité de ne pas voter; le sentiment que son vote peut faire une différence; la fréquence des discussions politiques à la maison pendant sa jeunesse; la confiance envers la Chambre des communes, l'assemblée législative provinciale et Élections Canada; l'attachement au Canada et à la province; l'impact apparent du gouvernement sur sa vie; et la confiance sociale.

À l'exemple de travaux antérieurs sur la participation électorale (Gélineau 2013), nous divisons les corrélats du vote en deux groupes : 1) les caractéristiques sociodémographiques et 2) les attitudes politiques. Le rapport compare donc d'abord les profils socioéconomiques et les attitudes politiques des jeunes et de leurs aînés, et ceux des membres d'une minorité visible et des autres Canadiens. En deuxième lieu, il étudie séparément les caractéristiques de ces quatre groupes de votants lors des élections fédérales et provinciales. Troisièmement, le rapport examine les caractéristiques des jeunes et des membres d'une minorité visible qui sont des abstentionnistes récurrents (personnes qui n'ont voté ni aux élections fédérales ni aux élections provinciales). Quatrièmement, après avoir établi certaines des caractéristiques principales des votants jeunes et des votants d'une minorité visible, nous évaluons dans quelle mesure ces caractéristiques expliquent la participation électorale relativement faible de ces deux groupes. Enfin, nous traitons le rôle du faible taux d'expression d'opinions dans le phénomène d'abstentionnisme.

Nous commençons par explorer les niveaux de participation électorale aux élections fédérales et provinciales au moyen du PDP. Les répondants devaient indiquer s'ils avaient voté aux élections fédérales et provinciales précédentes. Comme le montre le tableau 1 ci-après, les Canadiens déclarent avoir voté aux élections fédérales et provinciales précédentes dans des proportions largement similaires. En outre, comme l'ont constaté des études antérieures, les jeunes ont tendance à voter moins que leurs aînés. Tandis que 88 % des répondants de 35 ans et plus disent avoir voté aux dernières élections fédérales, cette proportion chute à 66 % chez les 25-34 ans et à 49 % chez les 18-24 ansnote 2. Il existe donc un écart de 39 points entre les 18-24 ans et les 35 ans et plus. On constate des écarts similaires au niveau provincial. De plus, comme l'ont constaté des études antérieures, les membres d'une minorité visible sont moins susceptibles que les autres Canadiens de déclarer avoir voté lors des élections fédérales et provinciales précédentes. Les écarts sont substantiels : 16 et 18 points pour les élections fédérales et provinciales, respectivement.

Tableau 1. Vote déclaré aux élections fédérales et provinciales
  Groupe d'âge Statut de minorité visible
A voté à la dernière élection (en %) 18-24 25-34 35+ Membres d'une minorité visible Autres Canadiens
Élection fédérale 49 66a 88a 68 84a
Élection provinciale 50 65a 86a 65 83a
n= 971 2 323 5 007 2 202 5 609

Différence par rapport aux 18-24 ans ou aux minorités visibles : a : p<,001; b : p<,01; c : p<,05.
Source : Projet sur la diversité provinciale.


Note 1 Nous utilisons la définition de « minorités visibles » de Statistique Canada (présentée à www.statcan.gc.ca/concepts/definitions/minority-minorite1-fra.htm), dont une partie provient de la Loi sur l’équité en matière d’emploi : « "les personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n'ont pas la peau blanche". Il s'agit principalement des groupes suivants : Chinois, Sud-Asiatique, Noir, Arabe, Asiatique occidental, Philippin, Asiatique du Sud-Est, Latino-Américain, Japonais et Coréen. » Pour simplifier la lecture du présent rapport, nous utilisons fréquemment l’expression « autres votants » pour désigner les votants non membres d’une minorité visible.

Note 2 Ces proportions surestiment nettement les proportions de Canadiens qui votent réellement aux élections fédérales et provinciales. Une telle surdéclaration de la participation électorale n'est pas propre au PDP; elle a été observée dans toutes les études canadiennes sur les élections menées au cours des dernières décennies.