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La participation électorale des jeunes et des membres d'une minorité visible au Canada : éclairage du Projet sur la diversité provinciale

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2. Le profil politique des jeunes et des membres d'une minorité visible

Les jeunes et leurs aînés ainsi que les membres d'une minorité visible et les autres Canadiens diffèrent, comme prévu, par leurs profils socioéconomiques. En outre, les différences dans leurs taux de vote pourraient refléter différents rapports à la politique. Nous présentons maintenant les profils de ces segments de la population canadienne en relation avec leur intérêt pour la politique, leur proximité avec des partis politiques, le sentiment d'efficacité politique, les opinions quant à l'importance de voter et la perception que leur vote peut faire une différence. Les sections qui suivent comparent également les opinions des divers groupes sur la confiance concernant les institutions publiques, l'attachement au Canada et à leur province, de même que l'impact des gouvernements sur leurs vies. Enfin, le rapport se penche sur les opinions concernant la confiance sociale et tente d'évaluer dans quelle mesure les Canadiens ont discuté de politique à la maison pendant leur jeunesse. Le tableau 3 ci-après présente la répartition des attitudes politiques entre les divers groupes.

Tableau 3. Les attitudes politiques chez les jeunes et les membres d'une minorité visible
  Groupe d'âge Statut de minorité visible
  18-24 25-34 35+ Membres d'une minorité visible Autres Canadiens
Intérêt pour la politique (pointage moyen, 1-10)
Politique fédérale 4,8 5,6*** 6,7*** 6,0 6,4***
Politique provinciale 5,1 5,8*** 7,0*** 6,1 6,8***
Proximité à un parti politique (%)
Politique fédérale 64 71** 81*** 70 80***
Politique provinciale 62 69* 79*** 69 78***
La politique est trop complexe (% tout à fait d'accord/d'accord)
Politique fédérale 68 58*** 45*** 62 46***
Politique provinciale 65 53*** 42*** 60 42***
Les gens comme moi ont peu à dire dans la politique (% tout à fait d'accord/d'accord)
Politique fédérale 73 74 76 72 76**
Politique provinciale 67 67 69 69 69
Je me sentirais coupable si je ne votais pas (% tout à fait d'accord/d'accord)
Élection fédérale 48 55* 74*** 65 71
Élection provinciale 50 55 75*** 67 71
Je sens que mon vote peut faire une différence
(% tout à fait d'accord/d'accord) 64 63 77*** 74 74
Discussion politique à la maison pendant l'enfance
(pointage moyen, 0-1) ,38 ,40 ,47*** ,44 ,45
Confiance envers les institutions publiques (pointage moyen, 0-10)
Chambre des communes 5,2 5,0 5,0 5,9 4,9**
Assemblée législative provinciale 5,3 5,1 5,3 6,0 5,1***
Élections Canada 5,5 5,9** 6,3*** 6,6 6,1***
Attachements (pointage moyen, 0-10)
Canada 7,6 7,7 8,1*** 8,1 8,0
Province 7,3 7,3 7,9*** 7,4 7,8***
Impact des gouvernements (pointage moyen, 0-10)
Fédéral 6,7 7,0 7,6*** 7,3 7,5
Province 6,8 7,4*** 8,0*** 7,5 7,8***
Confiance sociale
(% estimant qu'on peut faire confiance à la plupart des gens) 30 31 44*** 33 43***
Minimum n= 711 1 918 4 741 1 886 5 169

Différence par rapport aux 18-24 ans ou aux minorités visibles : *** : p<,001; ** : p<,01; * : p<,05.
Source : Projet sur la diversité provinciale.

2.1 Attitudes politiques des jeunes Canadiens

Pour certaines attitudes politiques, le tableau 3 montre des différences importantes entre les jeunes et leurs aînés. D'abord, les 35 ans et plus ont davantage tendance à s'intéresser à la politique. Sur une échelle variant de 0 (Aucun intérêt) à 10 (Intérêt soutenu), les pointages moyens de l'intérêt pour la politique fédérale sont de 4,8 pour les 18-24 ans, de 5,6 pour les 25-34 ans et de 6,7 pour les 35 ans et plus. On constate des écarts comparables dans l'intérêt pour la politique provinciale.

Les jeunes sont aussi moins susceptibles de se sentir proches d'un parti politique. En politique fédérale, le pourcentage de répondants qui se sentent proches d'un parti est de 64 % pour les 18- 24 ans, de 71 % pour les 25-34 ans et de 81 % pour les plus de 35 ans. En politique provinciale, les pourcentages sont de 62 % pour les 18-24 ans, de 69 % pour les 25-34 ans et de 79 % pour les plus de 35 ans.

Une proportion plus grande de jeunes semble percevoir la politique comme étant trop complexe. À la question de savoir s'ils sont d'accord avec l'énoncé « Je sens parfois que la politique fédérale est trop complexe pour des gens comme moi », 68 % des 18-24 ans se disent tout à fait d'accord ou d'accord, contre 58 % des 25-34 ans et 45 % des 35 ans et plus. Encore une fois, on constate des différences similaires pour la politique provinciale. Il est toutefois à noter que les jeunes sont aussi susceptibles que leurs aînés de penser qu'ils n'ont pas vraiment leur mot à dire en politique fédérale ou provinciale.

Par ailleurs, les jeunes se démarquent sur le plan du sentiment de culpabilité lié à l'abstentionnisme. Ils ont beaucoup moins tendance que leurs aînés à dire qu'ils se sentiraient coupables de ne voter ni à une élection fédérale ni à une élection provinciale. Le pourcentage de Canadiens qui se sentiraient coupables de ne pas voter à une élection fédérale est de 48 % pour les 18-24 ans, de 55 % pour les 25-34 ans et de 74 % pour les plus de 35 ans. On constate la même tendance pour les élections provinciales. Cela concorde avec l'observation de Blais (2000) selon laquelle le sens du devoir électoral est plus faible chez les jeunes.

L'écart entre les jeunes et leurs aînés est beaucoup moins grand lorsqu'il s'agit de dire si leur vote peut faire une différence. Parmi les 35 ans et plus, 77 % sont d'accord avec l'énoncé, alors que chez les 18-24 ans et les 25-34 ans, les proportions sont de 64 % et de 63 %, respectivement.

Il existe des différences significatives quant au niveau de confiance envers Élections Canada. Les 35 ans et plus et les 25-34 ans disent avoir davantage confiance envers Élections Canada que les 18-24 ans (6,3 % et 5,9 %, contre 5,5 %). Les groupes d'âge ne diffèrent pas quant à leur confiance envers la Chambre des communes et les assemblées législatives provinciales. Soulignons cependant que tous les groupes d'âge affichent plus de confiance envers Élections Canada qu'envers la Chambre des communes ou l'assemblée législative de leur province.

Les jeunes sont proportionnellement moins nombreux que leurs aînés à dire qu'ils discutaient de politique à la maison avec leurs parents dans leur jeunesse. Ils semblent aussi assez différents des plus âgés quant à l'attachement au Canada et à leur province et à l'impact apparent des gouvernements fédéral et provincial. Les 35 ans et plus sont davantage attachés aux deux ordres de gouvernement et y perçoivent un plus grand impact que les jeunes. Enfin, les 35 ans et plus sont davantage portés à dire que l'on peut faire confiance à la plupart des gens.

En ce qui concerne la plupart des attitudes politiques étudiées, les jeunes semblent donc différents de leurs aînés, à des degrés variables selon les attitudes. Ces différences expliquent probablement en partie pourquoi les jeunes votent moins que leurs aînés. Dans la section 3 ci-après, nous verrons si ces facteurs jouent dans la propension à voter aux élections fédérales et provinciales.

2.2 Attitudes politiques des Canadiens membres d'une minorité visible

Les membres d’une minorité visible se démarquent aussi de plusieurs façons dans nombre d’attitudes politiques. Comme les jeunes, ils semblent montrer un engagement psychologique plus faible envers la politique que les autres Canadiens. Ils semblent un peu moins intéressés à la politique que les autres Canadiens, qu’il s’agisse de politique fédérale (6,0 % contre 6,4 %) ou provinciale (6,1 % contre 6,8 %). De plus, ils ont moins tendance que les autres Canadiens à se sentir proches d’un parti (70 % contre 80 % à l’échelon fédéral et 69 % contre 78 % au provincial). En outre, ils ont plus tendance que les autres Canadiens à trouver la politique trop complexe pour eux (62 % contre 46 % à l’échelon fédéral et 60 % contre 42 % au provincial).

Toutefois, à l’opposé des jeunes, les membres des minorités visibles n’ont pas moins tendance que les autres Canadiens à déclarer qu’ils se sentiraient coupables de ne pas voter à des élections fédérales ou provinciales. Certes, il existe un écart entre les deux groupes à ce sujet, mais il n’est pas statistiquement significatif. De même, les membres d’une minorité visible sont aussi portés que les autres Canadiens à déclarer que leur vote peut faire une différence.

Les membres d’une minorité visible se distinguent des jeunes quant à leur confiance envers les institutions publiques. Pour les trois institutions, ils se disent plus confiants que les autres Canadiens (6,6 % contre 6,1 % pour Élections Canada, 5,9 % contre 4,9 % pour la Chambre des communes et 6,0 % contre 5,1 % pour l’assemblée législative provinciale).

Fait intéressant, les membres d’une minorité visible ne diffèrent pas des autres Canadiens quant à l’attachement au Canada ou à l’impact apparent du gouvernement fédéral sur leurs vies, mais ils se disent moins attachés à leur province et perçoivent un impact moindre du gouvernement provincial. Ils ont aussi moins tendance à dire que l’on peut faire confiance à la plupart des gens.

Les attitudes politiques des minorités visibles et des autres Canadiens sont probablement corrélées à leurs taux de participation électorale. L’intérêt plus faible pour la politique, la propension plus faible à se sentir proche d’un parti, le sentiment plus marqué que la politique est trop complexe : autant de facteurs potentiels d’abstentionnisme chez les minorités visibles.