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La participation électorale des jeunes et des membres d'une minorité visible au Canada : éclairage du Projet sur la diversité provinciale

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3. Caractéristiques des jeunes votants

Dans la recherche des causes de l'abstentionnisme des jeunes, la prochaine étape consiste à cerner les caractéristiques des votants. Les analyses sont effectuées séparément pour les jeunes et leurs aînés parce que certaines caractéristiques pourraient être liées au vote pour un groupe, mais non pour l'autre. Les analyses reposent sur des régressions logistiques binomiales visant à établir les caractéristiques des votants par cohorte d'âges, en divisant les répondants en groupes d'âge (18-24 ans, 25-34 ans et 35 ans et plus). Les analyses ont été effectuées séparément pour les élections fédérales et provinciales. Le tableau 4 ci-après porte sur les élections fédérales, et le tableau 5 sur les élections provinciales.note 4

Tableau 4. Corrélats du vote chez les jeunes aux élections fédérales
Vote aux élections fédérales (1-0)
  18-24 25-34 35+
Facteurs sociodémographiques B ET B ET B ET
Âge ,04 ,13 -,02 ,04 ,04 ,01 a
Femmes -,34 ,36 -,25 ,23 ,01 ,21
Scolarité (réf. pas d'études secondaires)
Études postETcondaires
Études universitaires
Études supérieures
 
1,14
1,28
,62
 
,52
,45
,91
 
c
b
 
 
,99
1,05
1,32
 
,32
,32
,48
 
b
a
b
 
,46
,83
1,01
 
,25
,31
,52
 
b
Revenu du ménage ,08 ,05 ,11 ,04 b ,01 ,04
En chômage 1,73 ,66 b -,65 ,45 ,34 ,47
Étudiant -,32 ,37 -1,41 ,41 a ,77 ,98
Marié ,36 ,45 ,46 ,24 ,58 ,25 c
Temps passé à une institution religieuET -,75 ,53 ,07 ,34 -,22 ,36
Minorité visible ,32 ,45 -,40 ,35 -,24 ,40
Immigrant (réf. né au Canada)
0-10 ans
11-20 ans
20+ ans
 
-2,18
-,39
-2,0
 
,72
,62
1,01
 
b
c
 
 
-2,08
-1,29
-,08
 
,57
,54
,50
 
a
c
 
 
-,51
,73
-,36
 
,79
,88
,41
Régions (réf. Ontario)
Québec
C.-B.
Prairies
Atlantique
 
,83
-,92
-,52
,55
 
,47
,51
,50
,74
 
,61
,17
-,60
,25
 
,39
,32
,30
,36
 
 
 
 
c
 
1,05
-,22
-,12
-,08
 
,35
,27
,25
,27
 
B
 
 
 
Orientations et attitudes politiques
Intérêt pour la politique fédérale ,07 ,08 ,11 ,05 c ,04 ,04
Proximité avec un parti fédéra 1,21 ,41 b 1,14 ,26 a ,88 ,21 A
Politique fédérale trop complexe ,22 ,67 -,25 ,43 -,79 ,39 C
Les gens comme moi n'ont pas leur mot à dire dans la politique fédérale ,39 ,68 ,09 ,44 ,65 ,42
Je me sentirais coupable de ne pas voter à une élection fédérale 2,40 ,55 A 3,17 ,40 A 2,94 ,32 A
Je sens que mon vote peut faire une différence ,91 ,58 ,93 ,41 C 1,75 ,39 A
Discussions sur la politique à la maison pendant la jeunesse ,96 ,56 ,54 ,35 ,21 ,29
Confiance envers la Chambre des communes. -,16 ,11 -,20 ,08 c -,13 ,05 B
Confiance envers Élections Canada ,21 ,09 c ,19 ,07 b ,14 ,05 b
Attachement au Canada ,09 ,08 -,09 ,05 ,05 ,04
Impact du gouvernement fédéral -,14 ,09 ,08 ,06 ,07 ,04
Social trust ,82 ,39 c ,00 ,25 ,03 ,22
Constante -5,78 3,19 -2,85 1,40 c -5,68 ,80 a
Nombre d'observations 378 1 358 3 417

Rapport des entrées à coefficients B (régressions logistiques binomiales).
a : p<,001; b : p<,01; c : p<,05.
Source : Projet sur la diversité provinciale.

Tableau 5. Corrélats du vote chez les jeunes aux élections provinciales
Vote aux élections provinciales (1-0)
  18-24 25-34 35+
Facteurs sociodémographiques B ET B ET B ET
Âge ,08 ,13 ,00 ,03 05 ,01 a
Femmes .06 .34 .05 .24 .17 .21
Scolarité (réf. pas d'études secondaires)
Études postsecondaires
Études universitaires
Études supérieures
 
1.31
1.29
1.51
 
.44
.42
.89
 
b
b
 
 
.96
1.03
1.09
 
.31
.34
.46
 
b
b
c
 
.28
.89
.13
 
.26
.29
.39
 
b
Revenu du ménage ,04 ,05 ,09 ,04 c ,02 ,04
En chômage ,95 ,66 -,83 ,43 ,33 ,48
Étudiant -,18 ,35 -1,01 ,40 c -,20 1,0
Marié -,33 ,46 ,06 ,24 ,62 ,23 b
Temps passé à une institution religieuse -,09 ,53 -,26 ,30 -,39 ,33
Minorité visible -,20 ,46 -,24 ,41 -,48 ,42
Immigrant (réf. né au Canada)
0-10 ans
11-20 ans
20+ ans
 
-3,03
,33
-6,37
 
,94
,64
1,50
 
a
 
a
 
-2,18
-1,47
,42
 
,59
,68
,56
 
a
c
 
 
-1,73
,55
-,43
 
,58
,79
,39
 
b
 
 
Régions (réf. Ontario)
Québec
C.-B.
Prairies
Atlantique
 
1,59
,33
,50
,45
 
,42
,47
,53
,56
 
a
 
 
 
 
,91
,24
-,37
,23
 
,33
,31
,29
,32
 
b
 
 
 
 
1,40
-,18
,01
,32
 
,34
,26
,23
,26
 
a
 
 
 
Orientations et attitudes politiques
Intérêt pour la politique provinciale ,08 ,08 ,08 ,04 ,16 ,04 a
Proximité avec un parti provincial ,66 ,38 ,70 ,24 b ,88 ,21 a
Politique provinciale trop complexe ,36 ,60 -1,21 ,44 b -,68 ,39
Les gens comme moi n'ont pas leur mot à dire dans la politique provinciale -,41 ,63 ,78 ,43 ,21 ,39
Je me sentirais coupable de ne pas voter à une élection provinciale 2,43 ,50 a 3,52 ,40 a 3,02 ,27 a
Je sens que mon vote peut faire une différence ,19 ,58 ,49 ,40 1,14 ,36 b
Discussions sur la politique à la maison pendant la jeunesse ,75 ,51 ,41 ,35 ,14 ,29
Confiance envers l'assemblée législative provinciale -,06 ,09 -,06 ,09 -,19 ,07 b
Confiance envers Élections Canada ,07 ,09 ,09 ,06 ,17 ,08 c
Attachement à la province ,17 ,07 c ,10 ,05 c ,02 ,04
Impact du gouvernement provincial ,00 ,09 -,04 ,05 ,00 ,05
Confiance sociale ,20 ,37 -,08 ,23 ,11 ,21
Constante -6,94 3,15 c -3,85 1,19 a -5,34 ,74 a
Nombre d'observations 407 1 385 3 434

Rapport des entrées à coefficients B (régressions logistiques binomiales).
a : p<,001; b : p<,01; c : p<,05.
Source : Projet sur la diversité provinciale.

3.1 Caractéristiques sociodémographiques des jeunes votants

Certaines caractéristiques sociodémographiques sont systématiquement corrélées au vote dans les trois groupes d'âge, pour les élections provinciales et fédérales. La scolarité est l'une d'elles. Les répondants ayant un niveau de scolarité plus élevé déclarent davantage avoir voté. Les nouveaux arrivants ont moins tendance à déclarer avoir voté aux élections fédérales et provinciales. Les probabilités prévues ont été calculées d'après les analyses à variables multiples en maintenant toutes les variables au niveau de la moyenne de l'échantillon et en variant selon qu'il s'agissait ou non d'un nouvel arrivant. D'après ces probabilités prévues, les écarts entre les taux de vote des nouveaux arrivants et les Canadiens de naissance sont considérables. En maintenant toutes les autres variables du modèle à la moyenne de l'échantillon (c'est-à-dire en les prenant en compte), la probabilité prédite d'avoir voté à l'élection fédérale précédente était de 64 % pour les répondants de 18-24 ans nés au Canada, contre 17 % pour les nouveaux arrivants (ceux qui sont au Canada depuis un maximum de 10 ans) de ce groupe d'âge, soit un écart de 47 pointsnote 5. L'écart observé est encore plus grand pour les élections provinciales, à 58 points (67 % contre 9 %). Parmi les votants de 25-34 ans, l'écart s'établit à 39 points pour les élections fédérales (89 % contre 50 %) et à 45 points pour les élections provinciales (87 % contre 42 %). Les arrivants de 35 ans et plus semblent également moins voter que la population née au Canada, mais l'écart ne concerne que les élections provinciales et est beaucoup plus limité que chez les jeunes, soit 12 points (97 % contre 85 %)note 6.

Une autre corrélation systématique sociodémographique est la région de résidence ou, plus précisément, le fait de vivre au Québec. Les Québécois des trois groupes d'âge ont plus tendance que les autres Canadiens à déclarer qu'ils ont voté à l'élection provinciale précédente. Les résultats concordent avec la participation récente à des scrutins provinciaux. Par exemple, aux élections provinciales de 2014 au Québec et en Ontario, les taux de participation ont été de 71,4 % et 52,1 %, respectivement. La plus grande propension à voter des Québécois vaut aussi dans une certaine mesure pour les élections fédérales, mais seulement pour les 35 ans et plus.

D'autres caractéristiques sociodémographiques ne s'appliquent pas systématiquement aux trois groupes d'âge. Certaines ne sont statistiquement significatives que pour les 35 ans et plus. Comme il a été constaté dans d'autres pays, dont les États-Unis (Wolfinger et Wolfinger 2008), le fait d'être marié est lié à une plus grande probabilité de voter. Cela est vrai des élections fédérales et provinciales, mais seulement pour les Canadiens de 35 ans et plus.

L'âge aussi est une telle caractéristique. Bien sûr, la fourchette d'âge est beaucoup plus étendue dans notre groupe de 35 ans et plus que dans les cohortes de 18-24 ans et de 25-34 ans. Il faut néanmoins souligner que la variable de l'âge n'est statistiquement significative que chez les 35 ans et plus. Autrement dit, nous observons qu'une personne de 50 ans, par exemple, aura plus tendance à voter que celle de 35 ans, mais nous ne constatons aucune différence à cet égard entre une personne de 18 ans et une autre de 24 ans, ou entre une personne de 25 ans et une de 34 ans, une fois que toutes les autres variables des analyses ont été prises en compte.

D'autres corrélats sont statistiquement significatifs seulement chez les 25-34 ans. Le revenu se range dans cette catégorie. Plus le revenu du ménage est élevé, plus les 25-34 ans déclarent avoir voté aux élections fédérales ou aux provinciales. Les probabilités prévues révèlent un écart de 14 points dans le vote aux élections fédérales entre les répondants de 25-34 ans les plus pauvres et les plus riches. L'écart est de 15 points pour le vote aux élections provinciales. Un tel lien n'a pas été observé chez les 18-24 ans ou chez les 35 ans et plus.

Le statut d'étudiant se range également dans cette catégorie. Les 25-34 ans qui sont étudiants ont moins tendance à déclarer avoir voté aux dernières élections fédérales ou provinciales. Les probabilités prévues révèlent que l'écart est de 23 points aux élections fédérales (66 % pour les étudiants contre 89 % pour les non-étudiants) et de 10 points aux élections provinciales. Cette constatation contraste vivement avec celle de Gélineau (2013), selon laquelle les étudiants avaient plus - et non moins - tendance à voter. Nous reviendrons sur ce point dans la conclusion. Curieusement, aucune corrélation n'est observée chez les 18-24 ans, tant pour les élections fédérales que provinciales. On s'explique difficilement pourquoi le statut d'étudiant semble faire diminuer le vote chez les 25-34 ans, mais non chez les 18-24 ans. On pourrait peut-être avancer qu'entre 18 et 24 ans, l'âge éclipse l'effet du statut d'étudiant. En d'autres termes, la participation électorale serait tellement faible dans ce groupe d'âge que le statut d'étudiant n'aurait pas vraiment d'incidence. Toutefois, ce raisonnement est spéculatif, et avant de conclure que le statut d'étudiant ne fait pas baisser le taux de vote chez les 18-24 ans, nous devrions attendre qu'une analyse plus approfondie soit effectuée dans la section sur l'abstentionnisme récurrent. Aucun lien entre le statut d'étudiant et le vote n'est constaté chez les 35 ans et plus, mais très peu de personnes de ce groupe (moins de 1 %) déclarent être encore aux études.

Une caractéristique sociodémographique semble corrélée au vote seulement chez les 18-24 ans : le statut de chômeur. Son orientation est toutefois contraire à la logique, les personnes en chômage ayant davantage tendance à déclarer avoir voté, et son effet est observé seulement aux élections fédérales. On comprend difficilement cette constatation.

D'autres caractéristiques sociodémographiques ne semblent être corrélées au vote pour aucun groupe ni aucun ordre de gouvernement. C'est le cas du sexe, et du fait de passer du temps avec des gens dans une institution religieuse. Fait intéressant, le statut de membre d'une minorité visible ne semble être un corrélat du vote dans aucun des trois groupes d'âge. Les données descriptives du tableau 1 qui précède indiquent que les minorités visibles ont moins tendance à voter aux élections fédérales ou provinciales, mais les analyses dans les tableaux 2 et 3 montrent que ces différences ne sont pas statistiquement significatives une fois prises en compte les caractéristiques sociodémographiques et les attitudes politiquesnote 7.

3.2 Attitudes politiques des jeunes votants

Certaines attitudes politiques se révèlent être des corrélats du vote statistiquement significatifs dans les trois groupes d'âge, aux élections fédérales et provinciales. Premièrement, les électeurs qui se sentent proches d'un parti politique ont davantage tendance à déclarer avoir voté que ceux qui ne se sentent pas proches d'un parti. Chez les 18-24 ans, les probabilités prévues indiquent que 68 % de ceux qui se sentent proches d'un parti fédéral déclarent avoir voté, contre 39 % de ceux qui ne se sentent pas proches d'un parti fédéral, soit un écart de 29 points. Au niveau provincial, l'écart correspondant est de 16 points, mais la corrélation est statistiquement significative seulement au niveau ,10. Parmi les 25-34 ans, ceux qui se sentent proches d'un parti sont de 16 points plus susceptibles de voter aux élections fédérales et de 10 points plus susceptibles de voter aux élections provinciales. Enfin, il y a des écarts de 4 points et de 3 points, respectivement, pour le vote aux élections fédérales et provinciales chez les 35 ans et plus. Les écarts sont considérablement plus faibles pour ce dernier groupe, mais néanmoins statistiquement significatifs. L'échantillon est beaucoup plus grand pour ce groupe d'âge.

Deuxièmement, les répondants de tous les groupes d'âge qui ont dit qu'ils se sentiraient coupables s'ils ne votaient pas avaient plus tendance à déclarer avoir voté que les autres. Les écarts dans le vote entre ceux qui sont tout à fait d'accord qu'ils se sentiraient coupables et ceux qui sont vivement en désaccord sont substantiels. Il s'agit en fait du plus fort corrélat de vote pour les élections fédérales et provinciales dans tous les groupes d'âge. Les 18-24 ans qui sont tout à fait d'accord qu'ils se sentiraient coupables s'ils ne votaient pas sont de 52 points plus enclins à déclarer avoir voté que ceux qui sont vivement en désaccord avec l'énoncé (83 % contre 31 %). La tendance est similaire pour les élections provinciales, avec un écart de 53 points. La forte corrélation entre le sentiment de culpabilité et le vote est également constatée chez les 25-34 ans et les 35 ans et plus. Chez les 25-34 ans, les écarts sont de 43 points et de 54 points, respectivement, pour les élections fédérales et provinciales. Chez les 35 ans et plus, les écarts sont de 18 et de 21 points. Ces constatations concordent avec des recherches précédentes montrant que le fait de considérer le vote comme un devoir citoyen est l'un des facteurs les plus déterminants de la participation électorale (Blais 2000, 100).

Les autres corrélats sont statistiquement significatifs, mais pas pour tous les groupes d'âge. La perception selon laquelle un électeur peut faire une différence par son vote est l'une de ces caractéristiques. Chez les 35 ans et plus, ceux qui perçoivent que leur vote peut faire une différence ont davantage tendance à voter aux élections fédérales et provinciales. Ceux qui sont tout à fait de cet avis sont de 7 points plus enclins à voter aux élections fédérales que ceux qui sont fortement en désaccord; l'écart est de 5 points pour les élections provinciales. Chez les 25-34 ans, le lien vaut seulement pour les élections fédérales, et il ne vaut à aucun niveau pour les 18-24 ans. Il est difficile de saisir la logique de ces différences entre groupes d'âge.

Nous constatons également que la confiance envers la Chambre des communes ou l'assemblée législative provinciale est en corrélation négative avec le vote dans certains cas. Les 25-34 ans ou les 35 ans et plus qui montrent plus de confiance envers la Chambre des communes semblent être moins enclins à voter aux élections fédérales. Il en va de même pour la confiance envers l'assemblée législative provinciale et le vote aux élections provinciales, mais seulement chez les 35 ans et plus. Deux observations s'imposent ici. Premièrement, même si nous acceptons qu'une confiance accrue soit liée à une plus faible participation électorale, cela ne signifie pas que les gens s'abstiennent de voter parce qu'ils ont davantage confiance en leurs organes législatifs. Ces constatations s'expliquent peut-être mieux du point de vue contraire. Elles pourraient plutôt indiquer que les gens les moins confiants envers leurs organes législatifs ont davantage tendance que les autres à voter - soit parce qu'ils désirent remplacer un gouvernement, soit parce qu'ils veulent s'assurer que les gouvernements rendent davantage de comptes. Deuxièmement, même si l'on note une corrélation entre la confiance envers les organes législatifs et la participation électorale, la corrélation est assez incohérente, la confiance plus grande étant liée à une propension à voter plus faible seulement dans certains groupes d'âge et pas toujours pour les deux ordres de gouvernement. Cette constatation concorde avec des recherches antérieures montrant un lien faible, voire inexistant entre le mécontentement politique et l'engagement politique (voir Howe 2010, 38-40). L'existence ou non d'un lien entre l'engagement politique et le mécontentement politique ainsi que l'orientation et le pourquoi d'un tel lien restent à clarifier et à discuter.

La confiance envers Élections Canada est également un corrélat du vote. Pour les élections fédérales, et dans les trois groupes d'âge, les répondants qui montrent la plus grande confiance envers Élections Canada ont davantage tendance à déclarer avoir voté. Les écarts entre ceux qui disent n'avoir aucune confiance (0) et la plus grande confiance (10) sont de 44, 24 et 4 points, respectivement, pour les 18-24 ans, les 25-34 ans et les 35 ans et plusnote 8. Nous constatons également un lien entre la confiance envers Élections Canada et le vote aux élections provinciales, ce qui peut étonner puisqu'Élections Canada ne gère pas les élections provinciales. En fait, on peut présumer que les répondants expriment une confiance générale envers notre système électoral. Pour les élections provinciales, toutefois, on constate le lien seulement chez les 35 ans et plus.

L'attachement à sa province semble en corrélation avec le vote. Les personnes qui expriment un attachement plus marqué ont davantage tendance à déclarer avoir voté aux élections provinciales. Ce lien s'observe chez les 18-24 ans et les 25-34 ans. Les écarts dans le vote entre ceux qui sont très attachés à leur province (10) et aucunement attachés (0) sont de 40 et 14 points, respectivement, chez les 18-24 ans et les 25-34 ans. Cette constatation intéressante fait écho à celles de Howe (2010). En outre, ce n'est que l'une des deux seules attitudes politiques qui est un corrélat du vote seulement chez les jeunes. On ne constate pas de lien équivalent entre l'attachement au Canada et le vote aux élections fédérales. Le seul autre corrélat du vote qui est significatif seulement pour les jeunes (18-24) est la confiance sociale (positivement corrélée au vote), mais l'effet s'observe seulement aux élections fédérales.

Certaines attitudes politiques ne semblent pas être des corrélats systématiques du vote. Premièrement, et curieusement, c'est le cas de l'intérêt pour la politique. C'est un corrélat significatif seulement chez les 25-34 ans pour les élections fédérales et chez les 35 ans et plus pour les élections provinciales. Cela ne signifie pas que l'intérêt pour la politique n'est pas lié au vote. D'autres analyses indiquent que les Canadiens qui s'intéressent plus à la politique ont davantage tendance à voter dans les trois groupes d'âge. Toutefois, les résultats ne demeurent pas significatifs une fois prises en compte les autres attitudes politiques (résultats non présentés).

Deuxièmement, la perception que la politique est trop complexe (efficacité interne) est parfois en corrélation avec le vote, mais l'effet n'est pas systématique. Elle est un corrélat négatif pour les élections provinciales chez les 25-34 ans, et pour les élections fédérales chez les 35 ans et plus. Il en va de même pour l'efficacité externe. Les Canadiens qui croient ne pas avoir leur mot à dire dans les affaires politiques n'ont pas plus, ni moins, tendance à voter aux élections fédérales ou provinciales que les autres Canadiens.

Troisièmement, la perception que le gouvernement fédéral ou provincial a une influence importante sur la vie d'une personne n'est pas liée à la propension à voter. Enfin, aucun élément des tableaux 4 et 5 ne montre un lien entre la fréquence des discussions politiques à la maison pendant la jeunesse d'une personne et la propension à voter.

La variable « discussion politique à la maison pendant la jeunesse » mérite toutefois d'être traitée de manière plus approfondie. Elle diffère de toutes les autres d'un point de vue temporel. Les répondants n'indiquent pas à quelle fréquence ils discutent de politique maintenant, mais plutôt à quelle fréquence ils le faisaient à la maison pendant leur jeunesse. Cette différence pourrait être importante parce que ces discussions sont sans doute antérieures à plusieurs, sinon toutes les variables liées à l'attitude politique comprises dans le modèle. L'intérêt d'une personne pour la politique, sa proximité à un parti ou le sentiment de culpabilité face à l'abstentionnisme pourraient résulter en partie des discussions politiques tenues pendant la jeunesse de cette personne. Par conséquent, le fait de comparer leur effet dans un modèle à variables multiples comme dans les tableaux 4 et 5 a peu de chance de préciser adéquatement le modèle. Pour vérifier cette possibilité, d'autres analyses ont été effectuées, afin d'évaluer le lien entre la fréquence des discussions politiques et le vote aux élections fédérales et provinciales, mais cette fois en tenant compte seulement des variables sociodémographiques. Les résultats sont sans équivoque; lorsque l'on tient compte seulement des variables sociodémographiques, la fréquence des discussions politiques à la maison pendant la jeunesse est liée positivement et significativement au vote aux élections fédérales et provinciales pour les trois groupes d'âge (résultats non présentés). Les 18-24 ans, les 25-34 ans et les 35 ans et plus qui ont déclaré avoir eu de fréquentes discussions politiques à la maison étaient 25, 24 et 8 points, respectivement, plus susceptibles de déclarer avoir voté aux élections fédérales. Des écarts équivalents sont constatés relativement aux élections provinciales.

Ainsi, un certain nombre de corrélats du vote sont communs aux jeunes et à leurs aînés. Bien que certains s'appliquent seulement aux jeunes (18-24 ans ou 25-34 ans), ils constituent l'exception (le revenu, le statut d'étudiant et l'attachement à la province). En outre, il importe de souligner que si quelques corrélats sont propres à l'âge, ils ne semblent pas être liés spécifiquement aux élections provinciales ou aux fédérales. Dans l'ensemble, la dynamique de la participation électorale au Canada semble liée davantage à un engagement politique général qu'à un aspect particulier de la politique provinciale ou fédérale. Ces analyses sont importantes parce qu'elles nous permettent de mieux cerner les caractéristiques susceptibles d'expliquer l'écart de vote entre les jeunes et leurs aînés. Des attitudes politiques comme la proximité avec un parti, le sentiment de culpabilité face à l'abstentionnisme ou la confiance envers Élections Canada sont tous des corrélats importants du vote et constituent des caractéristiques partagées inégalement par les jeunes et leurs aînés (voir les tableaux 2 et 3). Quant à savoir si ces attitudes politiques peuvent vraiment expliquer l'écart de vote entre les jeunes et leurs aînés, et dans quelle mesure, nous y reviendrons plus loin dans le présent rapport.








Footnote 4 Les analyses à plusieurs variables présentées dans les tableaux 4 et 5 (et tous les tableaux suivants) sont basées sur des données pondérées pour tenir compte de la composition socioéconomique de chaque province et du poids relatif des provinces dans le pays. Comme les données sont pondérées, aucun pseudo R au carré n'est présenté.

note 5 Les répondants pouvaient clairement choisir de répondre qu'ils n'étaient pas admissibles à voter. Les nouveaux arrivants (et les autres répondants) qui se sont dits non admissibles à voter aux élections précédentes n'étaient pas compris dans les analyses. L'abstention des nouveaux arrivants ne reflète donc pas leur inadmissibilité à voter.

note 6Compte tenu de l'absence d'écart dans la participation au vote déclarée par les 35 ans et plus (88 % et 86 % disent avoir voté aux élections fédérales et provinciales précédentes), l'effet constaté avec les probabilités prévues est nécessairement moindre que parmi les Canadiens, ce qui vaut pour cette variable et pour les autres dans les analyses.

note7 Il est à noter que le suréchantillon des membres d'une minorité visible n'est pas compris dans les analyses des tableaux 2 et 3, mais qu'il sert pour les résultats concernant spécifiquement les minorités visibles (voir le tableau 5).

note8 Encore une fois, le lien pour les 35 ans et plus est significatif en raison de la plus grande taille de l'échantillon.