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La participation électorale des jeunes et des membres d'une minorité visible au Canada : éclairage du Projet sur la diversité provinciale

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4. Caractéristiques des votants d'une minorité visible

Afin de comprendre pourquoi les membres d'une minorité visible ont moins tendance à voter que les autres Canadiens, il faut déterminer si les caractéristiques socioéconomiques et les attitudes politiques qui distinguent les minorités visibles des autres Canadiens sont effectivement liées au vote. Les analyses ont été effectuées séparément pour les deux groupes ainsi que pour le vote aux élections fédérales et provinciales. Il s'agit de cerner, au moyen des régressions logistiques binomiales, les caractéristiques des votants d'une minorité visible.

4.1 Caractéristiques sociodémographiques des votants d'une minorité visible

Comme l'indique le tableau 6 ci-après, trois caractéristiques sociodémographiques sont corrélées au vote des membres d'une minorité visible et des autres Canadiens. L'âge est la première. Comme l'ont montré des recherches antérieures, les personnes plus âgées ont davantage tendance à déclarer avoir voté, dans les deux groupes, tant aux élections fédérales que provinciales. La corrélation pour les votants d'une minorité visible aux élections provinciales est significative au niveau ,10. Le fait que les personnes plus âgées aient davantage tendance à voter s'applique également aux membres d'une minorité visible.

Tableau 6. Corrélats du vote chez les membres d'une minorité visible
  Vote aux élections fédérales (1-0) Vote aux élections provinciales (1-0)
  Membres d'une minorité visible Autres Canadiens Membres d'une minorité visible Autres Canadiens
Facteurs sociodémographiques B ET B ET B ET B ET
Âge ,04 ,01 a ,04 ,01 a ,02 ,01 ,04 ,01 a
Femme ,11 ,23 -,15 ,17 -,25 ,21 -,02 ,18
Scolarité (réf. pas d'études secondaires)
Études postsecondaires
Études universitaires
Études supérieures
 
,16
,54
,46
 
,38
,37
,49
 
,63
,95
,91
 
,23
,26
,38
 
b
a
c
 
,55
,91
,66
 
,43
,38
,41
 
 
b
 
 
,70
,88
,54
 
,22
,23
,38
b
a
Revenu du ménage ,14 ,05 b ,02 ,03 ,11 ,04 b ,02 ,03
En chômage ,62 ,43 ,34 ,37 1,33 ,47 b ,33 ,39
Étudiant ,52 ,40 -,35 ,37 ,49 ,45 -,33 ,33
Marié -,02 ,28 ,64 ,18 a ,13 ,27 ,44 ,18 b
Temps passé à une institution religieuse -,32 ,32 -,22 ,33 -,56 ,31 -,29 ,32
Immigrant (réf. né au Canada)
0-10 ans
11-20 ans
20+ ans
 
-1,29
-,28
-,60
 
,30
,34
,31
 
a
 
 
 
-,52
,29
-,17
 
,78
,94
,48
 
-1,56
,03
-,36
 
,32
,31
,31
 
a
 
 
 
-1,78
-,06
-,26
 
,75
1,23
,46
 
b
 
 
Régions (réf. Ontario)
Québec
C.-B.
Prairies
Atlantique
 
,71
-,01
-,87
1,84
 
,33
,27
,28
1,43
 
c
 
b
 
 
1,02
-,15
-,01
,17
 
,28
,24
,22
,25
 
a
 
 
 
 
,58
,02
-,27
-,61
 
,35
,25
,27
1,23
 
1,46
-,23
-,05
,27
 
,27
,24
,21
,23
 
a
 
 
 
Orientations et attitudes politiques
Intérêt pour la politique (fédérale/provinciale) ,08 ,05 ,08 ,04 c ,19 ,05 a ,14 ,04 a
Proximité avec un parti (fédéral/provincial) ,86 ,32 b ,88 ,18 a ,90 ,28 b ,56 ,19 b
La politique (fédérale/provinciale) est trop complexe -,39 ,49 -,57 ,31 -,10 ,47 -,54 ,32
Les gens comme moi n'ont pas leur mot à dire dans la politique (fédérale/provinciale) ,79 ,45 ,68 ,34 c -,32 ,45 ,42 ,33
Je me sentirais coupable de ne pas voter aux élections (fédérales/provinciales) 2,22 ,40 a 3,13 ,28 a 2,93 ,42 a 3,33 ,24 a
Je sens que mon vote peut faire une différence 1,37 ,39 a 1,67 ,33 a ,92 ,41 c 1,47 ,31 a
Discussion sur la politique à la maison pendant la jeunesse -,07 ,39 ,43 ,27 -,82 ,41 c ,52 ,25 c
Confiance envers la Chambre des communes/l'assemblée législative provinciale -.03 ,06 -,12 ,05 b -,25 ,08 b -,14 ,05 b
Confiance envers Élections Canada ,10 ,06 ,12 ,04 b ,26 ,10 b ,08 ,04
Attachement (au Canada/à sa province) ,08 ,06 -,00 ,03 ,11 ,06 c -,00 ,03
Impact du gouvernement (fédéral/provincial) ,00 ,06 ,04 ,04 -,05 ,06 ,01 ,04
Confiance sociale ,51 ,27 ,02 ,18 ,22 ,23 ,18 ,17
Constante -5,87 ,80 a -5,57 ,70 a -5,05 ,79 a -4,97 ,60 a
Nombre d'observations 1 190 3 772 1 206 3 806

Rapport des entrées à coefficients B (régressions logistiques binomiales).
a : p<,001; b : p<,01; c : p<,05.
Source : Projet sur la diversité provinciale.

La région est la deuxième caractéristique qui affecte le vote des membres d'une minorité visible et des autres Canadiens. Les répondants vivant au Québec ont plus tendance à déclarer avoir voté, tant aux élections fédérales que provinciales. Le corrélat applicable aux minorités visibles dans le contexte des élections provinciales n'est significatif qu'au niveau ,10.

Le statut de nouvel arrivant est la troisième caractéristique. Les nouveaux arrivants, qu'ils soient d'une minorité visible ou non, ont tendance à voter moins que le reste de la population, tant aux élections fédérales que provinciales. La seule exception est celle des non-membres d'une minorité visible aux élections fédérales. Les probabilités prévues révèlent que les écarts dans les déclarations de vote aux élections provinciales entre la population née au Canada et les nouveaux arrivants sont de 29 points (87 % contre 58 %) et de 15 points (96 % contre 81 %), respectivement, chez les votants d'une minorité visible et les autres votants. Selon ces analyses, les nouveaux arrivants d'une minorité visible seraient le groupe le moins enclin à voter.

Certaines caractéristiques, corrélées au vote pour les Canadiens non membres d'une minorité visible, ne sont pas significatives pour les minorités visibles. C'est le cas du niveau de scolarité. Bien qu'une scolarité plus élevée détermine une plus grande participation électorale chez les Canadiens non membres d'une minorité visible aux élections fédérales et provinciales, elle n'est pas systématiquement corrélée au vote des membres d'une minorité visible. Il en est de même pour le statut de personne mariée. Si les Canadiens mariés non membres d'une minorité visible semblent avoir davantage tendance à voter aux élections fédérales et provinciales, ce n'est pas le cas chez les minorités visibles. Inversement, le revenu du ménage est en corrélation positive avec le vote (aux élections fédérales et provinciales), mais seulement parmi les membres d'une minorité visible; le lien n'est pas statistiquement significatif chez les autres Canadiens.

Enfin, certaines caractéristiques sociodémographiques s'avèrent n'être des corrélats significatifs du vote ni pour l'un ni pour l'autre des groupes ou des niveaux d'élection. C'est le cas du sexe du répondant. Premièrement, il n'y a pas d'écart entre les sexes dans la participation électorale chez les membres d'une minorité visible ni chez les autres Canadiens. Deuxièmement, le statut d'étudiant ne semble pas être un corrélat significatif du vote. Troisièmement, il en va généralement de même pour les personnes en chômage, quoiqu'il existe une corrélation positive avec le vote aux élections provinciales chez les minorités visibles. Enfin, il n'existe aucune preuve d'un lien entre le temps passé avec d'autres personnes à une institution religieuse et la probabilité d'avoir voté aux élections fédérales ou provinciales.

4.2 Attitudes politiques des votants d'une minorité visible

Qu'en est-il des attitudes politiques? Ont-elles un impact similaire sur la tendance à voter des membres d'une minorité visible et des autres Canadiens? Il existe des corrélats du vote importants qui sont communs aux membres d'une minorité visible et aux autres Canadiens, et bon nombre d'entre eux sont les mêmes lorsque l'on compare les jeunes et leurs aînés.  

Le sentiment d'être proche d'un parti politique, la culpabilité associée à l'abstentionnisme et la perception qu'un vote peut faire une différence sont trois corrélats systématiques applicables aux membres d'une minorité visible et aux autres Canadiens, mais aussi aux jeunes et à leurs aînésnote 9. L'intérêt pour la politique est également un corrélat du vote pour les membres d'une minorité visible et les autres Canadiens, mais cela est moins clair pour les groupes d'âge.

À cette liste, nous pouvons ajouter la confiance envers Élections Canada, la Chambre des communes ou l'assemblée législative provinciale. Deux autres éclaircissements s'imposent ici. Premièrement, aucun de ces liens n'est statistiquement significatif dans le contexte des élections fédérales chez les minorités visibles. Deuxièmement, nous avons déjà expliqué, au sujet des votants jeunes et plus âgés, que la confiance envers Élections Canada est associée à une plus grande propension à voter, alors que la confiance envers les organes législatifs est associée à une plus faible propension à voter. Comme nous l'avons mentionné précédemment, le lien entre une confiance plus élevée envers les organes législatifs et une plus faible participation électorale pourrait signifier que les gens qui ont le moins confiance dans les organes législatifs ont davantage tendance à se mobiliser pour tenter de défaire le gouvernement ou montrer qu'ils surveillent de près ce gouvernement. Pour ce qui est du lien positif entre la confiance envers Élections Canada et la participation électorale, il pourrait simplement indiquer un plus grand désir de voter lorsque le processus et ses responsables sont jugés dignes de confiance.

Nous ne trouvons de corrélats systématiques du vote pour ni l'un ni l'autre des groupes ou des paliers électoraux dans la liste des variables qui restent : le sentiment que l'on n'a pas son mot à dire en politique, que la politique est trop complexe, l'attachement au Canada ou à la province, l'impact apparent du gouvernement sur sa vie ou la confiance sociale. Chacune de ces variables constitue au mieux un corrélat pour un seul groupe et pour un seul des deux paliers électoraux.

On s'explique difficilement les résultats de la variable qui mesure la fréquence des discussions politiques à la maison pendant la jeunesse. Alors que cet élément n'a pas de corrélation significative avec le vote aux élections fédérales pour les minorités visibles ou les autres Canadiens, il existe une corrélation négative dans le cas des élections provinciales pour les minorités visibles et une corrélation positive pour tous les autres Canadiens. Comme nous l'avons fait pour les jeunes et leurs aînés, nous avons vérifié le lien entre le vote et la fréquence des discussions politiques à la maison pendant la jeunesse, en tenant compte uniquement les caractéristiques sociodémographiques. Les résultats confirment nos observations chez les jeunes et leurs aînés. En ne tenant compte que des caractéristiques sociodémographiques, nous voyons que les Canadiens qui ont souvent discuté de politique à la maison pendant leur jeunesse ont davantage tendance à voter aux élections fédérales et provinciales. Cette tendance vaut pour les minorités visibles et les autres Canadiens, quoique le lien ne soit pas significatif pour les minorités visibles dans le contexte des élections provinciales (résultats non présentés).

Encore une fois, comme chez les votants jeunes et leurs aînés, bon nombre des corrélats du vote s'appliquent à la fois aux membres d'une minorité visible et aux autres Canadiens ainsi qu'aux élections provinciales et fédérales. Quelques corrélats du vote sont propres soit aux membres d'une minorité visible (revenu du ménage), soit aux autres Canadiens (scolarité et statut de personne mariée). Comme nous l'avons constaté chez les jeunes et leurs aînés, aucun corrélat du vote n'est propre à un type d'élection. Les motifs pour lesquels les gens votent ou non semblent découler davantage de leurs caractéristiques individuelles et de leur rapport général à la politique que de la dynamique politique propre aux élections fédérales ou provinciales.

Les deux sections précédentes ont relevé plusieurs caractéristiques importantes des votants, en comparant les jeunes avec leurs aînés et les membres d'une minorité visible avec les autres Canadiens. Mais cela ne répond pas encore avec précision aux questions au cœur du présent rapport : Pourquoi les jeunes Canadiens ont-ils moins tendance à voter que leurs aînés? Et pourquoi les membres d'une minorité visible ont-ils moins tendance à voter que les autres Canadiens? Avant de tenter de répondre, nous examinerons la situation d'un autre point de vue. Nous laissons de côté la question de savoir si les Canadiens votent ou non aux élections fédérales ou provinciales pour nous concentrer sur ceux qui s'abstiennent de voter dans les deux cas, et que nous désignons comme les « abstentionnistes récurrents ».

Deux raisons justifient cette décision. Premièrement, bien que nous souhaitions que tous les Canadiens votent à chaque élection, nous savons que dans les faits, les gens ne le peuvent pas toujours pour divers motifs (voir Pammett et LeDuc 2003). Il peut donc être trompeur d'examiner la participation des gens à une seule élection, comme le fait valoir Howe, parce que les gens pourraient simplement avoir été occupés, malades ou incapables de voter pour d'autres raisons (2010, 12). Leur abstention pourrait ne pas refléter une orientation très marquée envers le vote ou le système politique en général. Le problème ne se pose pas de façon fondamentale quand un électeur manque un scrutin, mais plutôt quand il s'abstient systématiquement de voter à plusieurs ou à toutes les élections. Comme le soutient Howe (ibid.), ces abstentionnistes récurrents ont vraisemblablement des motifs plus profonds de ne pas voter que les gens qui manquent une élection à l'occasion. Deuxièmement, nous étudions aussi la question de savoir si les gens s'abstiennent de voter à la fois aux élections fédérales et provinciales, car nos analyses précédentes ont clairement établi que les corrélats du vote sont en grande partie les mêmes pour les élections fédérales et provinciales. Bref, si certains s'abstiennent de voter aux élections fédérales ou provinciales, cela ne semble pas attribuable à des facteurs directement liés à l'un ou l'autre des ordres de gouvernement. Les raisons pour lesquelles les gens ne votent pas semblent davantage liées à un ensemble plus général d'attitudes politiques qui ne sont pas expressément liées à un ordre de gouvernement.





note 9 Une exception : la perception que le vote peut faire une différence n'est pas significative chez les jeunes.