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Sources sociales et civiques de la participation électorale et non électorale

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Note au lecteur

Rapport commandé par Élections Canada

Philippe Duguay et Allison Harell
Université du Québec à Montréal
Juin 2016

Le présent rapport (traduit de l'anglais) a été présenté lors de la conférence « Youth Political Participation: On the Diverse Roads to Democracy » (participation politique des jeunes : les voies diversifiées vers la démocratie), tenue les 16 et 17 juin 2016, à Montréal (Québec).

Introduction

Les démocraties représentatives, comme le Canada, sont fondées sur la volonté des citoyens à tenir des débats démocratiques et sur les institutions mises en place pour entendre les intérêts et les opinions du public et y réagir. Voter est la quintessence de la participation politique dans les démocraties représentatives : les citoyens choisissent les représentants qui les gouverneront. Sous cet angle, voter permet aux citoyens de prendre part à un débat démocratique plus vaste pour indiquer ce qu'ils souhaitent que le gouvernement fasse. Fait important, les élections incitent également les représentants élus à écouter les électeurs, puisque leurs actes font l'objet d'un examen minutieux en temps d'élections et que les citoyens peuvent juger leur rendement. Ceux qui ne le font pas ne seront probablement pas élus.

Ce lien entre les citoyens et les représentants élus est donc au cœur de la politique dans une démocratie représentative, mais des recherches antérieures laissent entendre que le lien est beaucoup plus ténu entre les jeunes électeurs et leurs représentants. Le taux de participation au scrutin a diminué chez les nouvelles générations au Canada (Gidengil et coll. 2003; Stolle et Cruz 2005; Blais et Loewen 2009; Barne 2010; Gélineau 2013) et, par conséquent, les mesures incitatives qui poussent les représentants élus à répondre aux besoins et préoccupations des jeunes s'amoindrissent, du moins en comparaison avec les autres électeurs.

Pourquoi les jeunes participent-ils si peu à la politique électorale? Des recherches antérieures ont laissé entendre qu'une des raisons tient au fait qu'ils sont peu intéressés à participer à la politique et qu'ils possèdent peu de connaissances politiques (Gidengil et coll. 2003; Gélineau 2013; Howe 2010). Il devient donc essentiel de comprendre comment les jeunes en apprennent sur la politique et s'y intéressent pour déterminer la manière de les faire participer ou participer de nouveau aux élections. Nous savons que les gens avec qui nous interagissons, surtout ceux qui font partie de notre réseau social immédiat, comme les amis et les membres de la famille, peuvent influer grandement sur ce que nous pensons et sur la façon dont nous participons à la politique (McClurg 2003; Quintelier et coll. 2011). Nous savons également que l'éducation civique en salle de classe peut avoir des effets positifs (Milner 2010; Mahéo et coll. 2012).

Dans le présent rapport, nous nous penchons sur les sources sociales et civiques de la participation électorale, en mettant l'accent sur les facteurs au sein de la famille, dans les réseaux sociaux plus vastes et en salle de classe. L'analyse s'appuie sur l'Enquête nationale auprès des jeunes (ENJ) de 2015 préparée par Nielsen Consumer Insights pour Élections Canada. L'enquête a été menée du 21 octobre au 26 novembre 2015, tout juste après la 42élection générale. Elle reposait sur un échantillonnage mixte comportant 1 503 répondants choisis aléatoirement et 1 506 répondants choisis de façon non aléatoire dans des groupes de discussion en ligne, pour un total de 3 009 répondants provenant de l'ensemble des provinces et territoires canadiens. Nous concluons l'analyse en discutant des répercussions stratégiques de nos constatations.

Sources sociales et civiques de la participation électorale

Les citoyens ne sont pas atomisés. Ils peuvent subir l'influence des gens qui les entourent et influencer ces derniers. En soi, le fait de voter peut être considéré comme un acte social (Bhatti et Hansen 2012). Dans la présente section, nous examinons l'influence de divers facteurs familiaux, sociaux et civiques sur la participation politique plus active. Notre analyse porte précisément sur la façon dont ces facteurs peuvent influencer les jeunes Canadiens. D'un point de vue de socialisation politique, nous nous attendons à ce que les jeunes citoyens soient encore en train de façonner leurs attitudes et comportements politiques et qu'ils soient donc plus ouverts aux influences externes. Nous savons également que le cycle de vie peut changer nos réseaux sociaux, comme lorsque nous passons d'un environnement scolaire, et de la vie avec des figures parentales, au marché du travail, avec un partenaire et des enfants; les types de gens qui nous influencent peuvent donc changer à mesure que nous vieillissons. Enfin, nous savons également que ces influences premières peuvent avoir des répercussions durables sur la manière dont les citoyens se comportent plus tard au cours de leur vie (Plutzer 2002; Gerber et coll. 2003).

Tableau 1 : Participation électorale par groupe d'âge
Taux de participation (%) N
De 18 à 22 ans 64 1 078
De 23 à 29 ans 77 819
De 30 à 34 ans 66 609
35 ans ou plus 91 503

N : 3 009
Source : Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada.

Le tableau 1 présente la répartition de base de la participation électorale par groupe d'âge. Il est connu que, dans les enquêtes, on tend à surdéclarer les taux de participation électorale comparativement aux taux de participation réels parce que les personnes qui manifestent un plus grand intérêt sont plus susceptibles de répondre à une enquête et qu'elles ont tendance à donner un bon indice des types de facteurs ayant trait à la participation. En effet, l'ENJ reproduit l'inégalité bien connue en ce qui concerne le taux de participation. Les répondants âgés de 18 à 22 ans ont signalé un taux de participation de 64 %, comparativement à un taux de 91 % pour les répondants âgés de 35 ans ou plus, soit un écart de plus de 20 points de pourcentage.

Si on présume que voter est, dans une certaine mesure, un acte social, la figure 1 fournit une répartition par groupe d'âge des types de personnes ou de groupes qui ont encouragé chaque répondant à voter. Il importe de mentionner que, de façon globale, 85 % des répondants ont signalé avoir été encouragés par au moins un type de personne ou de groupe, et, en moyenne, les répondants ont déclaré avoir été encouragés par un peu plus de trois types de personnes ou de groupes. En outre, la source la plus fréquente d'encouragement était les médias, suivis par les amis et, dans une moindre mesure (du moins pour les répondants plus âgés), la famille.

Figure 1 : Sources d'encouragement des électeurs

Figure 1 : Sources d'encouragement des électeurs
Source : Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada
Description longue de Figure 1 : Sources d'encouragement des électeurs

La figure 1 indique clairement que les sources de soutien varient d'un groupe d'âge à l'autre. Les cohortes plus jeunes sont plus susceptibles d'être encouragées par les trois sources principales, surtout la famille. Cela s'applique également à nombre des autres catégories, en ce sens que les répondants âgés de 18 à 22 ans sont plus susceptibles de signaler avoir été encouragés à voter. Le plus grand écart concerne les enseignants et les professeurs. Les répondants du groupe le plus jeune, qui sont le plus susceptibles d'avoir des contacts directs et réguliers avec eux, sont beaucoup plus susceptibles de signaler avoir reçu des encouragements de leur part.

Les exceptions notables de la répartition par groupe d'âge concernent les partis politiques, les époux et les organisations autochtones (chez les répondants autochtones). Les partis politiques semblent joindre ces groupes d'âge de façon équivalente. Il importe alors de mentionner que, toutefois, même si les partis politiques joignent dans une proportion semblable les répondants des différents groupes d'âge, la proportion n'est pas particulièrement élevée pour l'un ou l'autre des groupes : seulement environ 40 % des répondants de tous les groupes d'âge ont mentionné avoir été encouragés par un parti politique. Tout comme les partis, les époux semblent encourager de façon équivalente leurs partenaires à voter, peu importe leur âge. Cela laisse entendre que les répondants les plus jeunes reçoivent plus d'encouragements d'un plus grand nombre de sources que les répondants plus âgés, malgré des niveaux de soutien général plus faibles.

Éducation civique

Figure 2 : Exposition à l'éducation civique par groupe d'âge

Figure 2 : Exposition à l'éducation civique par groupe d'âge
Source : Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada.
Description longue de Figure 2 : Exposition à l'éducation civique par groupe d'âge

Les établissements d'enseignement sont une des autres sources principales de socialisation politique (Torney-Purta et coll. 2001). Les cours d'éducation civique et autres activités connexes à l'école peuvent fournir aux jeunes gens des compétences clés pour leur participation future et favoriser leur intérêt. Il est clair que les enseignants et les organisations étudiantes semblent être des sources d'encouragement particulièrement pertinentes. Dans la présente sous-section, nous abordons tout d'abord la possibilité que les programmes scolaires encouragent la participation électorale.

Dans le cadre de l'ENJ, on a demandé aux répondants s'ils avaient suivi des cours sur le gouvernement et la politique et s'ils avaient participé à une simulation d'élections à l'école primaire ou secondaire. La figure 2 montre clairement que les jeunes Canadiens sont beaucoup plus susceptibles d'indiquer avoir suivi un cours d'éducation civique et participé à une simulation d'élections. Près des trois quarts des répondants âgés de 18 à 22 ans ont suivi des cours d'éducation civique, comparativement à un peu plus de la moitié des répondants âgés de 35 ans ou plus. La simulation d'élections et d'autres activités du genre sont moins répandues, mais la cohorte des répondants les plus jeunes est environ 15 points de pourcentage plus susceptible d'avoir signalé avoir pris part à une telle activité.

Pour ce qui est du lien entre l'âge, les expériences d'éducation civique et la probabilité de voter, nous constatons que les expériences d'éducation civique n'ont presque pas eu d'effet chez les répondants âgés de 35 ans ou plus, ce qui laisse entendre que ces expériences n'ont pas eu d'effets à long terme sur la participation électorale de cette génération (voir le tableau 2). Chez les répondants âgés de moins de 35 ans, nous constatons toutefois clairement que ceux qui ont suivi des cours d'éducation civique ou participé à une simulation d'élections ont un taux de participation beaucoup plus élevé que celui des répondants qui n'ont pas pris part à de telles activités. L'écart n'est pas aussi grand si nous le comparons aux effets semblables dans le tableau 5, mais la tendance correspond à une relation positive.

Tableau 2 : Incidence de l'exposition à l'éducation civique sur la participation électorale par groupe d'âge
Participation électorale sans cours d'éducation civique (%) Participation électorale avec cours d'éducation civique (%) Participation électorale sans participation à une simulation d'élections (%) Participation électorale avec participation à une simulation d'élections (%) N
De 18 à 22 ans 53 70 60 68 1 078
De 23 à 29 ans 69 81 73 80 819
De 30 à 34 ans 54 79 61 77 609
35 ans ou plus 93 90 92 91 503

N : 3 009
Source Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada.

Il importe de mentionner que les répondants ayant signalé avoir suivi un cours d'éducation civique ou participé à une simulation d'élections en connaissent généralement plus au sujet de la politique que les répondants qui n'ont pas pris part à de telles activitésnote 1. L'écart est plus grand pour les cours d'éducation civique (0,52, comparativement à 0,62 sur une échelle de connaissances de 0 à 1) et légèrement plus petit pour les simulations d'élections (0,56 comparativement à 0,6059), mais les deux sont importants. Fait intéressant, ce lien est le plus fort dans les cohortes des jeunes répondants, ce qui porte à croire que les effets de l'éducation civique peuvent s'atténuer au fil du temps, alors que d'autres influences façonnent la vie politique du citoyen. Une tendance semblable est observée en ce qui concerne l'intérêt envers la politique.

Réseaux sociaux et discussion politique

L'intérêt et les connaissances sont deux des variables explicatives majeures de la participation; ces deux facteurs peuvent être favorisés par l'entremise de l'environnement social, pendant les années de formation et tout au long de la vie. La discussion politique est la façon la plus directe dont l'environnement social peut fournir des renseignements politiques et promouvoir l'intérêt à cet égard. Dans le tableau 3, nous examinons la place qu'occupe la discussion politique chez les répondants des différents groupes d'âge en fonction du pourcentage de répondants qui signalent tenir souvent de telles discussions.

À la lumière de ces données, il appert que les répondants âgés de 35 ans ou plus sont environ 50 % plus susceptibles d'avoir parlé de politique et du gouvernement quand ils étaient jeunes, comparativement aux répondants des trois autres groupes d'âge. Cela pourrait révéler qu'il y avait moins de discussions politiques dans l'environnement familial des répondants nés après 1980. Il est également possible que les répondants plus âgés pensent qu'il y avait plus de discussions politiques qu'en réalité, vu leur niveau élevé de participation politique actuelle.

Tableau 3 : Exposition à la discussion politique
  De 18 à 22 ans De 23 à 29 ans De 30 à 34 ans 35 ans ou plus
Lorsque vous étiez jeune, à quelle fréquence parliez-vous de politique ou du gouvernement à la maison? 22 % 23 % 23 % 33 %
À quelle fréquence parlez-vous de politique ou du gouvernement avec les personnes suivantes :
Époux ou conjoint de fait (répondants mariés ou en union de fait) 23 % 42 % 42 % 48 %
Amis 22 % 25 % 25 % 30 %
Famille 31 % 28 % 28 % 32 %
Collègues (répondants ayant un emploi) 15 % 20 % 20 % 26 %
Camarades de classe (répondants aux études) 18 % 24 % 24 % 10 %

Source : Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada.

En ce qui a trait aux réseaux de discussion actuels, nous constatons que, chez les couples mariés ou en union de fait, les répondants âgés de 35 ans ou plus sont plus susceptibles d'indiquer qu'ils parlent de politique souvent (48 %) comparativement au groupe le plus jeune (23 %). Pour ce qui est de la discussion politique avec des amis, la cohorte de répondants plus âgés est plus susceptible de signaler avoir tenu de telles discussions (30 %) par rapport à la cohorte de répondants les plus jeunes (22 %). La discussion au sein de la famille ne présente aucune tendance claire. L'enquête incluait deux autres environnements sociaux : la discussion avec des collègues et avec des camarades de classe. Ces catégories ne concernaient que les répondants ayant indiqué avoir un emploi ou être aux études, respectivement. Les répondants qui ne sont pas des « étudiants traditionnels » (p. ex. ceux qui retournent aux études après l'âge de 35 ans) sont beaucoup moins susceptibles de discuter de politique avec leurs pairs à l'école. L'inverse est vrai dans l'environnement de travail, où les jeunes travailleurs sont moins susceptibles d'indiquer avoir pris part à des discussions politiques.

Tableau 4 : Sources d'information politique par groupe d'âge
De 18 à 22 ans De 23 à 29 ans De 30 à 34 ans 35 ans ou plus
Partis et établissements 19 % 15 % 13 % 3 %
Médias traditionnels 25 % 29 % 42 % 66 %
Médias en ligne 45 % 51 % 41 % 29 %
Famille ou amis 11 % 6 % 3 % 2 %

Source: Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada. 
Remarque : Les catégories de réponses ont été regroupées.

La famille et les amis sont donc des sources de discussions politiques importantes. Ces deux catégories semblent toutefois être moins cruciales pour l'information politique, ou du moins elles sont mentionnées moins souvent que les sources médiatiques (voir le tableau 4). Ce sont surtout les jeunes gens qui ont tendance à utiliser les médias en ligne, tandis que les répondants âgés de 35 ans ou plus sont beaucoup plus susceptibles de recourir aux médias traditionnels. Fait intéressant, la famille et les amis sont plus souvent la source d'information des jeunes gens (11 %) comparativement aux répondants âgés de 35 ans ou plus (2 %). Même s'il s'agit de la catégorie la moins répandue, l'écart entre les groupes d'âge renforce l'idée selon laquelle les réseaux sociaux jouent un certain rôle dans la promotion de la participation politique.

Famille et réseaux sociaux

Les membres de la famille, les amis et les autres personnes dans nos réseaux sociaux sont clairement des sources d'encouragement et de discussion politique. Ils peuvent également mobiliser les électeurs par leurs actions. Un citoyen peut voir d'autres personnes participer ou en entendre parler, et cela peut le motiver à faire de même. Les membres de la famille ou d'autres personnes dans votre entourage peuvent avoir un effet encore plus direct (p. ex. le covoiturage pour vous rendre au bureau de scrutin et discussion sur le fait d'aller voter ou non). L'influence peut évidemment se faire dans les deux sens.

Tableau 5 : Participation électorale en fonction de l'âge et de la participation du conjoint
De 18 à 22 ans De 23 à 29 ans De 30 à 34 ans 35 ans ou plus
Abstention du conjoint 23 % 39 % 30 % 58 %
Vote du conjoint 82 % 95 % 88 % 99 %

Source : Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada.

Commençons par examiner la relation conjugale. Moins de jeunes gens sont mariés comparativement aux personnes plus âgées, mais peu importe l'âge, le conjoint aura un impact important sur le comportement du partenaire (Stoker et Jennings 1995). Des données probantes montrent que les citoyens mariés et en union de fait sont beaucoup plus susceptibles de voter si leur conjoint vote. Au total, 82 % des répondants dans le groupe d'âge le plus jeune ont voté lorsque leur partenaire a fait de même. Cette proportion passe à près de 100 % chez les répondants âgés de 35 ans ou plus. Il est donc clair que les répondants dans une relation avec un partenaire qui vote sont beaucoup plus susceptibles de voter eux-mêmes.

Les relations dans lesquelles un des partenaires ne vote pas fournissent des observations plus intéressantes et des variations plus grandes. Les répondants âgés de 18 à 22 ans qui sont dans une relation avec un partenaire qui vote sont quatre fois plus susceptibles de voter que ceux qui sont dans une relation où le partenaire ne vote pas. En comparaison avec les répondants âgés de 35 ans ou plus, l'écart, même s'il est toujours substantiel, est plus de deux fois moins important.

Tableau 6 : Participation électorale selon le niveau de participation dans le réseau
De 18 à 22 ans De 23 à 29 ans De 30 à 34 ans 35 ans ou plus
Amis intimes
Aucun 17 % 39 % 32 % 82 %
Quelques-uns 44 % 58 % 34 % 62 %
Plusieurs 63 % 77 % 66 % 98 %
La plupart 84 % 87 % 87 % 95 %
Membres de la famille
Aucun 19 % 37 % 31 % 76 %
Quelques-uns 43 % 53 % 32 % 85 %
Plusieurs 58 % 76 % 61 % 96 %
La plupart 78 % 86 % 87 % 94 %
Collègues (répondants ayant un emploi)
Aucun 40 % 75 % 54 % 90 %
Quelques-uns 59 % 67 % 52 % 93 %
Plusieurs 72 % 76 % 62 % 94 %
La plupart 75 % 86 % 88 % 91 %
Camarades de classe (répondants aux études)
Aucun 46 % 72 % S/O S/O
Quelques-uns 60 % 67 % S/O S/O
Plusieurs 76 % 80 % S/O S/O
La plupart 82 % 85 % S/O S/O

Source : Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada.
Remarque : Les réponses représentent le pourcentage de répondants ayant voté en fonction du taux de participation électorale de leurs amis intimes et des membres de leur famille, notamment. « S/O » indique qu'il y avait trop peu de cas pour évaluer la relation.

Si nous prenons le taux de participation pour un éventail plus grand de membres de réseaux de citoyens (tableau 6), nous constatons une tendance semblable. Lorsque la plupart des amis et des membres de la famille du répondant votent, ce dernier est très susceptible de voter lui-même, peu importe son âge (malgré qu'il y ait un important écart entre les groupes d'âge de 10 et de 16 points de pourcentage, respectivement). Les répondants faisant partie de réseaux dans lesquels personne ne vote sont beaucoup moins susceptibles de voter, surtout ceux âgés de moins de 35 ans. Cela laisse entendre que les gens qui ne participent pas sont plus susceptibles d'être entourés de personnes qui ne participent pas, surtout chez les jeunes répondants, et vice versa. À la lumière des données de l'enquête, il est impossible de déterminer s'il y a un réel écart entre les taux de participation des personnes d'un réseau sans sonder l'ensemble du réseau. Il est possible que les répondants soient plus susceptibles de considérer que leur réseau est indifférent ou participatif en fonction de leur propre comportement, qu'ils projettent sur les gens de leur entourage. Cependant, la constatation selon laquelle les répondants âgés de moins de 35 ans sont susceptibles d'établir un lien particulièrement étroit entre leur comportement et la perception de leurs pairs donne à penser que l'âge peut être un facteur important quant à la mesure dans laquelle les réseaux ont une influence.

Cela a une grande incidence sur l'encouragement de la participation chez les jeunes générations, car, vu les taux de participation généralement faibles des répondants âgés de moins de 35 ans, ceux-ci sont plus susceptibles de connaître des gens du même âge qui ne participent pas non plus. Les environnements civiques dans lesquels les jeunes interagissent avec des personnes du même âge sont des environnements idéaux qui permettent de promouvoir l'éthique de la participation (Crossley 2008), mais les jeunes sont influencés non seulement par ce qui se passe dans la salle de classe, mais également par le comportement de leurs pairs.

Analyse de l'incidence générale des facteurs sociaux et civiques

Tout au long du présent rapport, nous avons examiné le lien entre l'âge, la participation électorale et divers facteurs sociaux et civiques qui peuvent influencer les électeurs. Comme nous l'avons mentionné précédemment, bon nombre de ces facteurs sont susceptibles d'avoir une incidence sur la participation électorale en augmentant l'intérêt et les connaissances politiques, deux variables explicatives clés de l'engagement civique. Dans la présente section, nous analysons l'effet de ces facteurs dans un environnement à multiples variables, c'est-à-dire que nous analysons l'effet indépendant de chaque facteur en même temps que d'autres facteurs. C'est une analyse plus complexe, car il se peut que les gens qui, par exemple, discutent souvent de politique dans leurs réseaux sociaux soient également encouragés à participer de nombreuses autres façons (c.-à-d. qu'ils ne sont pas en fait indépendants les uns des autres). Nous voulons également savoir si les différences entre les facteurs de socialisation sont simplement le reflet de distinctions entre les clivages sociaux importants, comme le sexe et la situation socioéconomique. Enfin, nous cherchons à déterminer l'effet si nous incluons l'intérêt envers la politique et les connaissances politiques, les deux variables modératrices les plus probables.

Tableau 7 : Explication de la participation électorale – Modèle multivariables
Modèle 1
Coefficient (ET)
Modèle 2
Coefficient (ET)
Modèle 3
Coefficient (ET)
Encouragé à voter 0,45 (0,03)   ‑0,04 (0,03)   ‑0,09 (0,04) *
Discussion politique pendant l'enfance – Parfois 0,36 (0,13) ** 0,23 (0,15)   0,27 (,16)  
Discussion politique pendant l'enfance – Souvent 0,62 (0,19) *** 0,14 (0,22)   0,16 (,24)  
Discussion politique dans le réseau 0,96 (0,29) *** ‑0,85 (0,22) * ‑1,08 (0,39) **
Vote du conjoint/partenaire 1,07 (0,13) *** 1,11 (0,14) *** 1,14 (0,15) ***
Vote dans le réseau 2,58 (0,22) *** 2,25 (0,24) *** 2,29 (0,26) ***
Éducation civique 0,29 (0,12) * 0,18 (0,14)   0,15 (0,14)  
Simulation d'élections ‑0,02 (0,12)   0,06 (0,14)   ‑0,00 (0,15)  
Âge – De 23 à 29 ans 0,32 (0,14) * 0,18 (0,16)   0,20 (,17)  
Âge – De 30 à 34 ans ‑0,10 (0,15)   ‑0,16 (0,17)   ‑0,15 (,19)  
Âge – 35 ou plus 1,48 (0,22) *** 0,89 (0,24) *** 1,11 (,26) ***
Femmes ‑0,04 (0,11)   0,12 (0,13)   0,08 (0,14)  
Niveau de scolarité – Études collégiales ou commerciales 0,02 (0,15)   ‑0,04 (0,17)   ‑0,10 (,18)  
Niveau de scolarité – Université 0,70 (0,14) *** 0,51 (0,16) ** 0,53 (,17) **
Indice d'intérêt envers la politique   3,37 (0,32) *** 3,08 (0,35) ***
Indice de connaissances politiques   1,11 (0,24) *** 1,07 (0,26) ***
Devoir   1,44 (0,13) *** 1,48 (0,14) ***
Indice d'engagement     1,22 (0,56) *
Consommation de médias – Médias traditionnels     ‑0,17 (,21)  
Consommation de médias – Médias en ligne     0,21 (,20)  
Consommation de médias – Famille ou amis     ‑0,03 (,30)  
Constante ‑2,63 (0,21) *** ‑4,54 (0,30) *** ‑4,37 (0,37) ***
N 2 977   2 858   2604  
Pseudo R2 0,2706   0,3783   0,3776  

Source : Enquête nationale auprès des jeunes 2015 d'Élections Canada.
Remarque : Un astérisque signifie « p < 0,05 ». Deux astérisques signifient « p < 0,01. » Trois astérisques signifient « p < 0,001 ».

Le tableau 7 présente trois modèles successifs, à commencer par les facteurs sociaux et civiques et trois contrôles démographiques de base : l'âge, le sexe et le niveau de scolarité. Dans le modèle 2, nous ajoutons l'intérêt, les connaissances et le sens du devoir. Dans le modèle 3, nous ajoutons l'indice de participation et la consommation de médias.

Dans le modèle 1, il importe de mentionner que plusieurs des variables de la socialisation ont une très grande importance. Les répondants qui indiquent avoir parfois ou souvent parlé de politique et du gouvernement lorsqu'ils étaient jeunes sont beaucoup plus susceptibles de voter. De même, les répondants qui signalent le plus parler de politique dans leurs réseaux actuels sont également plus susceptibles de participer aux élections aujourd'hui. Nous observons des effets semblables pour le niveau de mobilisation politique dans le réseau social des répondants. Avoir un conjoint qui vote et avoir un grand nombre d'amis et de membres de la famille qui votent régulièrement sont également deux facteurs qui influent sur la participation électorale. Cependant, nous n'avons relevé aucun effet indépendant en ce qui concerne le fait d'être encouragé à voter et les expériences d'éducation civique, après avoir inclus les autres contrôles dans le modèle.

La variable de l'âge dans le modèle révèle ce que nous avons indiqué tout au long du présent rapport. Les répondants âgés de moins de 35 ans semblent voter moins que les électeurs plus âgés. Comme nous pouvons le constater dans tous les modèles, l'effet de l'âge est constamment positif chez les répondants âgés de 35 ans ou plus, peu importe les contrôles inclus, mais l'ampleur de cet effet diminue après la prise en compte de l'intérêt envers la politique et des connaissances politiques.

Le modèle 2 fournit des données probantes intéressantes selon lesquelles l'intérêt et les connaissances politiques favorisent la discussion politique, ou y sont du moins liés. Les connaissances et l'intérêt sont des variables explicatives très importantes de la participation électorale, et leur inclusion dans le modèle 2 diminue l'ampleur de l'effet de la discussion politique pendant l'enfance (qui demeure importante) et de la discussion avec les membres du réseau actuel (qui n'est plus importante). En d'autres mots, les répondants qui sont entourés de gens qui discutent souvent de politique sont également plus susceptibles d'être intéressés par la politique et d'avoir des connaissances connexes et sont donc plus susceptibles de participer à la politique électorale.

Le modèle 3 fournit des résultats semblables, après la prise en compte de l'engagement et de la consommation de médias. Il importe toutefois de mentionner que les répondants qui ont été encouragés à voter sont moins susceptibles de voter quand on tient compte de l'engagement, ce qui donne à penser qu'il s'agit de personnes qui sont encouragées à voter parce qu'elles ne sont pas susceptibles de le faire.

À la lumière de cette analyse, on peut se demander si ces facteurs semblent avoir une plus grande incidence chez les jeunes électeurs. Il se peut que les facteurs de socialisation aient des effets uniques ou plus importants chez les jeunes électeurs qui ont tendance à être plus influencés par leur environnement social, ou du moins chez ceux qui n'ont pas encore l'habitude de voter. Dans le tableau 8, nous explorons cette possibilité en examinant les répondants âgés de 35 ans ou plus et ceux âgés de moins de 35 ans dans des modèles distincts.

Tableau 8 : Explication de la participation électorale par groupe d'âge
Moins de 35 ans
Modèle 1
Coefficient (ET)
Moins de 35 ans
Modèle 2
Coefficient (ET)
35 ans ou plus
Modèle 1
Coefficient (ET)
35 ans ou plus
Modèle 2
Coefficient (ET)
Encouragé à voter 0,04 (0,03)   ‑0,02 (0,03)   0,04 (0,15)   0.07 (0,18)  
Discussion politique pendant l'enfance – Parfois 0,30 (0,15)   0,21 (0,15)   0,78 (0,47)   0,70 (0,55)  
Discussion politique pendant l'enfance – Souvent 0,58 (0,20) ** 0,31 (0,22)   0,84 (0,55)   0,74 (0,60)  
Discussion politique dans le réseau 1,12 (0,31) *** ‑0,60 (0,36)   ‑0,49 (0,78)   ‑2,61 (0,96)  
Vote du conjoint/partenaire 0,94 (0,13) *** 0,95 (0,14) *** 2,33 (0,46) *** 2,46 (0,51) ***
Vote dans le réseau 2,77 (0,24) *** 2,66 (0,25) *** 2,22 (0,69) *** 1,77 (0,79)  
Éducation civique 0,39 (0,12) *** 0,24 (0,13)   ‑0,77 (0,43)   ‑1,06 (0,49)  
Simulation d'élections 0,03 (0,12)   0,08 (0,14)   ‑0,37 (0,43)   ‑,43 (0,44)  
Femmes ‑0,07 (0,12)   0,10 (0,13) * 0,18 (0,35)   0,04 (0,38)  
Niveau de scolarité – Études collégiales ou commerciales ‑0,07 (0,15)   0,03 (0,17)   0,49 (0,45)   0,45 (0,49)  
Niveau de scolarité – Université 0,77 (0,14) *** 0,63 (0,16) *** 0,77 (0,52)   0,44 (0,59)  
Indice d'intérêt envers la politique   3,71 (0,33) ***   4,55 (1,01) ***
Indice de connaissances politiques   1,16 (0,24) ***   1,52 (0,80)  
Constante ‑2,75 (0,21) *** ‑4,73 (0,30) *** ‑0,60 (0,52)   ‑3,29 (0,88) ***
N 2 475   2 473   502   502  
Pseudo R2 0,25   0,34   0,23   0,33  

Dans le tableau 8, nous appliquons à nouveau les modèles 1 et 2 séparément pour les répondants âgés de moins de 35 ans et ceux âgés de 35 ans ou plus. Nous cherchons des données probantes montrant que certaines variables sont différentes pour le groupe de jeunes répondants comparativement au groupe de répondants plus âgés. Nous observons que, dans les modèles des répondants âgés de 35 ans ou plus, très peu de facteurs de socialisation semblent importants, sauf le comportement politique du conjoint (qui est très important). Le taux de participation au scrutin des membres du réseau du répondant est important dans le premier modèle, mais moins important après la prise en compte des connaissances et de l'intérêt. Par contre, les modèles des répondants âgés de moins de 35 ans montrent que toutes les variables de socialisation qui étaient importantes dans le tableau 7 ont une incidence. En outre, des données probantes montrent que les cours d'éducation civique ont un effet positif sur la participation électorale (modèle 1) puisqu'ils augmentent le degré de connaissance et d'intérêt (modèle 2, dans lequel l'éducation civique perd de l'importance).

Il faut comparer avec prudence ces modèles, car le groupe des répondants âgés de 35 ans ou plus compte moins de personnes. Il se peut que les effets non importants s'expliquent simplement par la taille de l'échantillon; ils pourraient être plus importants dans un échantillon plus grand. Pour l'instant, ces constatations sont donc plus suggestives que conclusives, mais elles sont conformes à l'idée selon laquelle les facteurs de socialisation seraient plus importants pour les citoyens qui n'ont pas encore établi d'attitudes ou de comportements politiques durables.

Participation sociale et autres formes de participation

Tableau 9 : Formes de participation par groupe d'âge
De 18 à 22 ans De 23 à 29 ans De 30 à 34 ans 35 ans ou plus
A voté lors de la dernière élection fédérale 64 % 76 % 66 % 91 %
A écrit une lettre ou un courriel à un journal 4 % 4 % 3 % 6 %
A écrit un commentaire en ligne dans un blogue, un groupe de discussion ou un article 27 % 32 % 26 % 20 %
A assisté à une assemblée publique sur un enjeu local 13 % 14 % 12 % 20 %
A communiqué directement avec un politicien pour lui donner son point de vue sur une question 6 % 11 % 13 % 20 %
A pris part à une manifestation ou à une marche de protestation 8 % 10 % 10 % 6 %
A signé une pétition 40 % 42 % 31 % 27 %
A recueilli ou fait des dons pour soutenir une cause 41 % 45 % 40 % 45 %
A acheté ou boycotté des produits pour des raisons politiques, environnementales ou éthiques 21 % 32 % 31 % 28 %
A porté un t-shirt, un bracelet ou un macaron pour soutenir une cause 31 % 26 % 21 % 19 %
A fait une recherche d'information en ligne sur des questions politiques ou des enjeux publics 67 % 75 % 59 % 60 %
A utilisé les médias sociaux pour échanger de l'information ou du contenu politiques 39 % 44 % 35 % 29 %
A suivi un débat des chefs durant la campagne électorale 49 % 54 % 43 % 65 %
A affiché une enseigne pour un parti ou un candidat pendant la campagne électorale 10 % 8 % 7 % 14 %
A participé à une activité organisée par un parti ou un candidat pendant la campagne électorale 8 % 6 % 6 % 7 %
A assisté à une séance d'information pour savoir comment s'inscrire et voter lors de l'élection 7 % 4 % 3 % 3 %
A fait du bénévolat pour une organisation 44 % 37 % 27 % 33 %
A fait du bénévolat pour un politicien 3 % 2 % 4 % 4 %

Source: Élections Canada National Youth Survey, 2015.

La mesure dans laquelle les formes traditionnelles de participation ont été remplacées par d'autres types d'engagement civique, comme le bénévolat, les manifestations, l'activisme en ligne ou le consumérisme politique, continue de soulever les débats dans la littérature (Gidengil et coll. 2003; Milner 2010; O'Neill 2007; Micheletti et coll. 2004). Comme les taux de participation des jeunes ont diminué au fil du temps, certains se demandent s'ils n'ont pas tout simplement adopté de nouvelles formes de participation. Le tableau 9 fournit un aperçu des diverses formes de participation des répondants de l'ENJ. Voter est la forme la plus courante de participation pour tous les groupes d'âge, sauf celui des 18 à 22 ans, où 67 % des répondants ont fait une recherche d'information en ligne sur des questions politiques ou des enjeux publics et où le taux de participation électorale est de 64 %. De plus, les jeunes gens ont participé à d'autres types d'activités autant, et parfois plus, que les répondants âgés de 35 ans ou plus. La question consiste à déterminer si ces activités remplacent le vote ou si elles sont simplement l'expression de citoyens politiquement engagés qui votent et participent d'autres façons.

L'intérêt et les connaissances politiques, ainsi que les diverses influences sociales dont nous avons discuté dans le présent document, sont tous liés à de multiples formes de participation, pas seulement au fait de voter. Par exemple, ceux qui discutent beaucoup de politique dans leurs réseaux sont également plus susceptibles de participer à diverses autres activités. L'éducation civique a également tendance à avoir un effet positif sur la participation générale, pas seulement sur la participation électoralenote 2.

Lorsque nous créons un indice à partir de ces diverses formes de participation (à l'exception du vote) et que nous incluons cet indice dans le modèle complet, comme nous l'avons fait au tableau 7, nous voyons que les taux de participation généraux ne semblent pas avoir d'incidence directe sur la participation électorale ultérieure.

Conclusion

Dans le présent rapport, en nous appuyant sur les données de l'Enquête nationale auprès des jeunes qu'a menée Élections Canada en 2015, nous nous sommes penchés sur les sources sociales et civiques de la participation électorale en mettant l'accent sur les facteurs au sein de la famille, dans les réseaux sociaux plus vastes et en salle de classe. Comme d'autres l'ont fait auparavant, nous montrons dans notre analyse l'importance de l'intérêt envers la politique et des connaissances politiques pour déterminer si les gens s'abstiendront de voter aux élections. La prise en compte de cet intérêt et de ces connaissances diminue l'effet positif de la socialisation pendant l'enfance et rend non importants les effets des discussions politiques au sein du réseau social, de la consommation de différents médias et, chez les répondants âgés de moins de 35 ans, de l'éducation civique. Cela laisse entendre que ces facteurs encouragent peut-être la participation en partie en raison de leur incidence sur l'intérêt et les connaissances. De plus, la propension à participer sur le plan politique et civique n'a aucun effet direct sur la participation électorale, après la prise en compte de l'intérêt envers la politique et des connaissances politiques.

Nos conclusions laissent entendre que l'éducation civique, surtout chez les jeunes électeurs, a un effet important sur l'intérêt envers la politique et les connaissances politiques, deux variables modératrices importantes de la participation au scrutin. De même, les études universitaires devraient avoir un effet sur l'intérêt et les connaissances politiques, tout en demeurant une variable explicative importante de la participation électorale. Il importe de mentionner que le sexe a un effet restreint et important sur la participation électorale, après la prise en compte de l'intérêt et des connaissances, ces deux variables modératrices transformant l'effet négatif habituel et prévu entraîné par le fait d'être une femme en effet positif. La participation électorale du conjoint et la perception à l'égard de la participation des membres du réseau demeurent importantes, ayant un effet positif sur la participation au scrutin. En fait, ce sont les seules variables explicatives importantes de la participation électorale pour les répondants âgés de 35 ans ou plus jusqu'à ce que l'on prenne en compte l'intérêt envers la politique. En ce qui a trait aux répondants âgés de moins de 35 ans, nous constatons que, même après la prise en compte de l'intérêt et des connaissances, la socialisation pendant l'enfance et la perception à l'égard de la participation des membres du réseau demeurent importantes. Nos conclusions donnent donc à penser qu'une intervention stratégique pourrait avoir une incidence sur les jeunes électeurs.

Les données montrent que les cours d'éducation civique ont un effet important sur l'intérêt envers la politique et les connaissances politiques des cohortes de jeunes répondants, mais que cet effet peut s'atténuer avec le temps. Par conséquent, il est important d'examiner différemment l'incidence de la socialisation sur les jeunes comparativement à la population générale. Les répondants des cohortes plus jeunes sont plus susceptibles de discuter de politique avec leur famille et, pour la plupart d'entre eux, avec des camarades de classe et sont plus encouragés à voter par les membres de leur réseau social, mais ils sont également moins susceptibles de discuter de politique avec des collègues, leur conjoint et des amis. Même si la socialisation et l'éducation civique ont un effet sur le comportement électoral des plus jeunes répondants, ceux-ci sont tout de même les moins susceptibles de voter. Par conséquent, les effets du cycle de vie doivent être pris en considération. Les répondants âgés de 35 ans ou plus ne sont pas influencés par l'éducation civique et la socialisation pendant l'enfance, ce qui laisse supposer que d'autres variables non examinées dans le présent document pourraient renforcer l'intérêt et les connaissances, comme l'effet des préférences et des attitudes politiques à long terme.

Promouvoir l'intérêt à l'égard des élections est fondamental pour les décideurs. L'intérêt a un effet accru sur la vie politique et la socialisation des gens; les jeunes répondants qui trouvent que les élections ne sont pas intéressantes et qui s'abstiennent de voter auront tendance à s'abstenir également à l'avenir (Franklin 2004). La concurrence électorale et l'impression que les gens pourraient avoir un impact sur les résultats contribuent à susciter l'intérêt par rapport aux élections (Johnston et coll. 2007) et pourraient favoriser la discussion dans les réseaux. Il est difficile de tenir des élections intéressantes et compétitives, mais les débats actuels concernant les changements du système électoral pourraient accroître l'intérêt à l'égard de la politique électorale.

Notre analyse de l'incidence des facteurs de socialisation sur la participation au scrutin par groupe d'âge souligne l'importance de l'intérêt envers la politique et des connaissances politiques. Compte tenu de l'effet positif de l'éducation civique sur l'intérêt et les connaissances, nous recommandons aux décideurs de s'attacher à des interventions axées sur ces variables médiatrices, et notre analyse laisse entendre que les interventions les plus efficaces porteront, non pas seulement sur la personne, mais également sur les environnements sociaux dans lesquels les gens évoluent. Les campagnes qui ont pour but de rassembler des groupes de gens pour parler de politique, plutôt que de simplement promouvoir l'acquisition de connaissances personnelles, pourraient avoir des effets à long terme.

En conclusion, la socialisation pendant l'enfance est donc associée à une augmentation de la participation électorale chez les plus jeunes répondants et elle reflète l'effet bénéfique que peuvent avoir les discussions politiques à la maison. Accroître les connaissances et l'intérêt à l'égard de la politique dès l'enfance est essentiel pour que les citoyens participent au système électoral lorsqu'ils sont en âge de le faire.

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Note 1 Résultats non présentés.

Note 2 Même si cela n'est pas abordé, de simples analyses de régression des moindres carrés ordinaires à partir des données de l'Enquête nationale auprès des jeunes d'Élections Canada confirment que ces liens sont bien établis dans la littérature.